«Je suis une Ariégeoise du Sud…» Ou comment l’africaine que je suis a découvert l’Ariège à ne plus pouvoir m‘en passer :

Je ramène ma dernière évacuation sanitaire du Mali vers Paris, et mon futur mari qui vient de finir son contrat à Bamako me fait la surprise de me conduire à Lercoul dans la vallée du Siguer, en Ariège dans le canton du Vicdessos.  Lieu ou nous allons résider pendant 2 années.

J’arrive à près de 1200 m d’altitude dans ce village de 10 habitants. Ici, la route s’arrête après treize virages et 6 km d’un raide montée de 400 mètres de dénivelé depuis Siguer.

Il neige. Le spectacle est merveilleux et les paysages grandioses. Passé cet enchantement, je me pose la question où suis je ? Dans quel lieu perdu vais-je me retrouver ? Je connais un peu la montagne, j’ai fait une partie de mes études médicales en Suisse. Mais pas dans un lieu si isolé que celui-là. J’appréhende donc.

Le petit village est blotti sur lui même. On dirait une carte postale. Sous son manteau blanc, il est trop mignon. La maison m’a plu de suite. Elle est vétuste, simple, rustique, mais il se dégage une tranquillité apaisante dans cette habitation ancienne. La cheminée marche bien, car il fait froid ici.

Passé l’installation, les gens du village découvrent un autre visage inhabituel. J’espère que je vais pouvoir m’intégrer. Surtout une Sonraï du désert qui débarque comme cela, « elle vient d’ou, une antillaise, non une malienne !!! ». François raconte, « j’arrive au village et la première personne sur qui je tombe, une black avec un bébé et des poules, j’ai cru rêver ».

Bon, alors cette intégration ariègeoise… et bien réussie à 1000%. Je dis des milliards de mercis à Aline et Jacques, Eliette, Monique, Claude, Noël l’ancien Maire qui m’a mariée, Jean, Guy, Gérard le nouveau Maire, Rambo et Jeannine de Siguer et tous les ariègeoises et ariègeois qui m’ont si gentiment acceptée dans le village et cette  si belle vallée.

Dans une conversation entre amis des voix montent, Claude s’emporte gentiment « je te dis  de ne pas leur dire comment c’est ici ! Ils croient tous que nous vivons en zone très défavorisée dans nos hautes montagnes, ne leur dit pas la vérité sinon ils vont débarquer par millions, Alimata je ne dis pas cela pour toi tu es de chez nous maintenant… ».  Voilà de chez nous, chez moi.

Les amis qui ont débarqué chez nous, sont tous restés raides en visitant Lercoul et les environs. Je comprends pourquoi ici comme ailleurs sûrement, nous voulons tous la protéger notre montagne ariègeoise.

Merci  à l’Ariège, à Lercoul pour les pâtés maisons, la fabrication de jambons de pays, les truites, les fromages dont le fameux Bethmale, les confitures, les châtaignes, les ceps, les morilles, les gigots de sanglier devant ma porte, les balades et tous ces milliers de petits gestes si affectueux et emprunts de respect. Et que dire de toutes les fêtes du village, les repas entre amis,  ceux avec les chasseurs et toute cette vie simple mais combien généreuse et si intense. Il y a aussi, dans ce canton une vie culturelle efficace qui ne fait pas de bruit, mais qui s’impose à vous.

Les deux ans ce sont trop vite écoulés dans ce paradis. Deux jours par semaine  j’allais en stage aux urgences du CHU de Toulouse, puis direction la région parisienne ou j’exerce comme praticien hospitalier dans les urgences d’un grand hôpital parisien. Certes, une autre vie intense, mais sans l’Ariège.

Plus de 10 ans ont passé, les enfants sont là et ils n’ont qu’une exigence : « maman, c’est quand que nous allons à Lercoul ».  Toutes les vacances nous partons rejoindre notre terre. Ils attendent ces voyages avec impatience. Ils ne vivent que pour leur village. Attention, pas question d’aller ailleurs sous peine de conflits sérieux.

Un matin sur Paris, j’assiste à un cours afin d’obtenir un diplôme universitaire. Notre professeur fait une remarque «…nous ne somme pas chez les ariègeois, il faut… ». « J’ai bondi, vous ne pouvez pas dire cela des ariègeois, moi je suis une ariègeoise, oui une ariégeoise du Sud…dans un amphithéâtre hilare !!! ». C’est sorti du fond de moi, je ne pouvais pas accepter que l’on critique l’Arièjo Ô moun païs.

Pour conclure et donner raison à feu Jean AUGE, ancien Maire de mon village Lercoul : « tu sais Alimata, un ariègeois, plus il est la haut dans sa montagne, plus il est libre ».

Hier soir, j’ai dit à mon mari et aux enfants « on rentre définitivement en Ariège, c’est confirmé, j’ai un poste d’urgentiste en 2011 ».  Merci Jean, merci aux ariègeois pour tant de bonheur. Direction la liberté.

Dr Alimata MAÏGA GRAVAILLAC – Urgentiste.

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28 Responses to Alimata Maïga-Gravaillac : «Je suis une Ariégeoise du Sud…»

  1. Jeannette dit :

    Bravo Docteur.

  2. jean-Louis. dit :

    Docteur merci, vous avez tout résumée sur l’Ariège et la liberté. Souvent, les nouveaux ariègeois parlent avec amour de l’Ariège. Je suis de Gesties le village en face de Lercoul.

  3. Philippe dit :

    Merci pour ce beau témoignage et cette déclaration d’amour.
    Vous aimez l’Ariège et l’Ariège vous Aime…
    Bienvenue chez vous!

  4. Françoise dit :

    J’ai beaucoup, mais vraiment aimé votre article. Chapeau bas Docteur pour ce témoignage si poignant d’amour envers notre Ariège qui est la votre maintenant comme a résumé si bien Philippe ci-dessus. J’approuve sans réserve votre conclusion sur la liberté des montagnards de notre département. L’histoire a fait qu’ici et plus qu’ailleurs, nous avons souffert pour gagner et pérenniser cette si belle Liberté. L’Ariège est une terre de résistance et de liberté. Nous sommes un peu sauvage de premier abord, mais nous vous donnerons autant d’affection que vous nous en avez donnée. Comme vous êtes urgentiste, nous nous croiserons sûrement un jour et nous parlerons de notre Ariège.

  5. Serge dit :

    Quel beau témoignage !D’une ariégeoise de coeur. Vous avez su dire en quelques mots pourquoi ce coin d’Ariege est aussi attachant. Mes liens avec ce pays d’hommes libres ont été tissés pour ma part depuis l’enfance avec mes parents originaires de Gesties pour elle et Norgeat pour lui.
    Bienvenue à Lercoul

  6. Marie dit :

    Je suis bien contente de voir que le 09 vous fait autant d’effet. Votre amour pour notre pays est poignant et je vous remercie Docteur.

  7. ali dit :

    Je ne sais pas ou tu vas travailler mais tu vas découvrir un autre visage de l’Ariège et je doute que tu sois aussi enthousiaste…..

  8. Brigitte et Jacques dit :

    Nous sommes déjà passé à Lercoul par le GR10 avec un âne l’été 2008. Nous avons dormi à l’entrée du village qui est vraiment hors du temps avec nos 3 enfants. Pour vivre ici loin de tout en hiver, cela ne doit pas être facile car la route est impressionnante pour atteindre ce lieu. Nous avons fait de la raquette vers le col de Grail dans la sapinière qui est le bout du monde sous la neige épaisse en 2009. Votre vallée est bien belle et surtout préservée. Nous vous remercions pour ce témoignage car nous sommes aussi tombés dedans, dans le chaudron de l’Ariège il y a 26 ans maintenant . Nous sommes du Mas d’Azil. Quand nous passerons à Lercoul, nous viendrons vous saluer docteur. Brigitte (CHIVA).
    PS : Ali, l’enthousiasme ariégeois est plus constructif que la frustration pathologique stérile.

  9. Martinez dit :

    Les villages de la vallée du Siguer, (Gestiès, Lercoul et Siguer) sont les sibériens de l’Ariège. Ici, il fait froid. Mais cette vallée est magnifique. J’ai apprécié cette aventure ariégeoise Docteur, elle est bien sympathique.

  10. Paule dit :

    « Lercoul c’est cool » même si faut y aller la haut. Il est chouette votre témoignage Madame.

  11. Martin dit :

    « Arièjo ô moun Païs » est l’hymne de l’Ariège. Mais savez-vous que l’Abbé Sabas Maury (19ème siècle) qui a composé cette chanson était de votre vallée? Plus précisément il est né en 1863 dans le village de Gestiès au cœur de la haute Ariège en face de Lercoul. Dans votre message, un commentaire m’a fait vibrer, celui de Claude qui dit « ils croient que nous vivons en zone très défavorisée… ». J’entends cette sornette depuis plus de 40 ans de la part des technocrates des lambris dorés des zones super bétonnées en plaine. Nous n’avons pas besoin d’eux pour nous expliquer comment vivre notre ruralité montagnarde. Merci docteur pour votre affection pour mon et votre Ariège.

  12. Lulu dit :

    L’Ariège n’est pas que montagne, il y a aussi la plaine qui a son charme.

  13. Béatrice dit :

    « Je suis une ariègeoise du Sud » votre citation m’a faite rire, elle prouve que vous avez de l’humour. Dans la presse locale on ne parle pas beaucoup du canton de Vicdessos. Il est vrai qu’il est peu peuplé 1350 habitants pour 10 communes. Les deux principales Auzat et Vicdessos dépassent les 1100 habitants. Les autres villages sont donc déserts. Par contre, ici, il y a une très forte solidarité et une vie culturelle dans tous les villages qui revivent les weekend quand les ariégeois qui vivent sur Toulouse débarquent. Je vous connais de vue (on se connait tous dans le canton). Pour nos amis d’Azinat, merci de faire un reportage sur le Canton de Vicdessos.

  14. Jacques dit :

    L’histoire sur votre intégration Docteur est plaisante. Elle prouve qu’ici, les ariégeois ont l’esprit d’accueil bien enraciné. Mais aussi je pense que vous avez fait sûrement des efforts pour vous faire apprécier et reconnaître. Cela est une constante valable pour tous ou que l’on aille. Ma grand mère disait (je suis de Tarascon-sur-Ariège): « si tu n’es pas sage, tu iras à Siguer tailler les ardoises »(les ardoisières ont hélas fermé à la fin des années quarante). Je suis allé quelques fois à Siguer, mais pas à Lercoul. On parle rarement de cette vallée et votre message participe à sa renaissance.

  15. Robert dit :

    Un bel article de cœur sur l’Ariège.

  16. Isabelle dit :

    L’Ariège est riche de ses diversités. Tout cela a créé le bariolage ariégeois avec un mode de vie ariégeois bien à nous. Je suis québécoise et je vis en Ariège maintenant depuis 6 ans ( je ne suis pas la seule canadienne en Ariège) et j’ai eu de la flouxe (chance) de connaître ce coin de France. Bon je vous laisse car je suis lodé (j’ai du travail à faire).

  17. Jean dit :

    On a envie de s’installer dan l’Ariège après avoir lu cette aventure.

  18. Jean dit :

    On a envie de s’installer dans l’Ariège après avoir lu cette aventure.

  19. Cloé dit :

    Vivant à Foix, je ne connais pas votre canton. Par contre si j’en avais le pouvoir, docteur je vous nommerais Ambassadrice d’Ariège car votre témoignage fait vraiment honneur à notre Ariège.

  20. Thierry dit :

    Bof l’Ariège, il n’y a pas un chat. Que faire dans cet endroit perdu. En tout cas vous avez du courage pour aller vous enterrer dans le département le plus isolé de France et de Navarre.

  21. Issiaga Daffe dit :

    Excellent theme and good to here from you Alimata. Happy for you.

  22. Lansana Sekou Bangoura dit :

    First of all, I’m so glad to find and go through your powerful and wonderful article you wrote on this nice and peaceful community. Far away from your native country you really fall in love with these people.
    Second, I’m so happy for you to stay a place you like so much, and good luck for your bright future, May God bless you and your entire family.

  23. Robert dit :

    Pour répondre à Thierry : nous ne sommes peut être pas nombreux en Ariège mais notre cœur est immense. Il est immense car lors des veillées dans nos vallées perdues nous parlions de nos légendes et ceux d’entre nous partis chercher fortune au loin.Et ceux qui viennent chez nous nous les aimons forts afin qu’ils restent définitivement ici dans notre trou.

  24. Catherine dit :

    L’Ariège est si riche de sa diversité qu’elle en devient secrète. Notre département est un lieu magique ou souvent ceux qui ne comprennent pas notre pays n’y ont jamais mis les pieds. Ils disent tous ces clichés : un cimetière ou l’on s’enterre etc…. Et bien non, ici on vit et même très bien.

  25. Lina dit :

    Bien ce témoignage sur notre Ariège. J’attends la suite.

  26. Lub dit :

    Je ne sais si vous avez toujours des racines à Lercoul ?
    Si oui et si vous n’en avez pas encore eu l’occasion, allez donc dire un bonjour à Centraus, entre Siguer et Bouychet.
    Pas le choix : il faut laisser la voiture en bas, au pont ; puis monter le rapaillou jusqu’au hameau et la bergerie … les patous … Catherine … Arsène … C’est autre chose que Toulouse ou Paris !!!

  27. Alimata dit :

    J’espère que vous allez bien à Centraus. Vos lapins sont les meilleurs de l’Ariège et des environs. A bientôt sûr et meilleurs vœux à tous.

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