Histoire

Lavelanet : « Justes parmi les Nations » : témoignage de reconnaissance éternelle et devoir de mémoire

Le 11 octobre avait lieu, à Lavelanet, la cérémonie de remise de la médaille des « Justes parmi les Nations », en hébreu Hasid Ummot Ha-‘Olam, littéralement généreux des nations du monde. Une médaille qui reconnaît, honore et salue, au nom du peuple juif, les non-Juifs qui, malgré les grands risques encourus pour eux-mêmes et pour leurs proches, ont aidé des Juifs à un moment où ils en avaient le plus besoin ; Un devoir de mémoire et une cérémonie émouvante. 

«Dans l’obscurité qui avait envahi l’Europe, certains, au péril de leur vie, ont fait le choix de la miséricorde, de l’humanité » a témoigné mercredi 11 octobre en mairie de Lavelanet, Anita Mazor Ministre près l’Ambassade d’Israël à Paris, avant de remettre la médaille et le Diplôme de « Justes parmi les Nations » décerné le 12 avril 2016, à José et Victoria Martinez représentés par leur fille Dominique Martinez-Chenet.

José et Maria Marinez auront désormais leur nom gravé dans le jardin des murs YAD VASHEM à Jérusalem

« Aujourd’hui, nous rendons hommage à José et Maria Martinez, qui ont recueilli et pris, sous leur protection Sarah et Lucie Waiter en ces temps si troublés qu’a connu notre pays, mais aussi le monde tout entier. Nous Lavelanétiens, nous leur disons la fierté et la reconnaissance de notre commune et de notre département. Nous conservons à leur égard une dette éternelle. Rendre hommage à José et Maria Martinez, c’est se souvenir que les justes incarnent l’esprit de la résistance, l’héroïsme. Mais pour nous Lavelanétiens, José et Maria étaient des voisins, des amis, des compagnons. Figure du quartier de Bensa, José, surnommé « Pépé » par ses amis, a été l’un des piliers du stade Lavelanétien» a indiqué Marc Sanchez maire de Lavelanet et Conseiller département accueillant le nombreux public (dont la classe de troisième A du collège Victor Hugo de Lavelanet et leur professeur d’histoire Loïc Ginières, les élèves du Lycée Alain Fournié à Mirande), venu assister à cette cérémonie exceptionnelle.

Un témoignage de reconnaissance éternel

Une cérémonie faisant la part belle à l’humain dans ce qu’il a de plus noble, mais aussi de plus abject. Francine Théodore-Leveque déléguée du Comité Français pour YAD VASHEM a rappelé que le 19 août 1953 fut créé à Jérusalem l’Institut Commémoratif des Martyrs et des Héros de la Shoah : YAD VASHEM. En 1963, une Commission présidée par un juge de la Cour Suprême de l’Etat d’Israël est alors chargée d’attribuer le titre de « Juste parmi les Nations », la plus haute distinction civile décernée par l’État hébreu, à des personnes non juives qui, au péril de leur vie, ont aidé des juifs persécutés par l‘occupant nazi. 26.513 personnes ont, de par le monde reçus cette médaille et le diplôme. 558 en Occitanie, et 21 dans l’Ariège, dont 12 à Aulus-les-Bains. Marie Lajus, préfète de l’Ariège a indiqué : « la République à un message à délivrer, les Justes ont délivré la France de la souillure. Ils ont sauvé les Français, ils ont sauvé notre honneur ».

Honorer, enseigner, un devoir de mémoire pour que cela ne se reproduise plus jamais

Anita Mazor et Lucie Waiter-Victoria sont revenues sur le sauvetage. Dès le début de l’occupation, la famille Waiter part en Zone Libre dans l’Ariège, où la situation va rester calme même après novembre 1942 et l’envahissement de la Zone Sud. « Mon grand-père qui possédait un petit atelier de confection achetait du tissu à Lavelanet », raconte Lucie Waiter-Victoria. « Il en parlait comme d’un trou perdu dans les Pyrénées où nous serions en sécurité », glisse-t-elle malicieusement. Début 1944, Sarah et sa fille sont averties par leurs logeurs que les grands-parents ont été arrêtés et qu’il est urgent de partir. Elles vont trouver refuge chez José Martinez et vont rester cachées chez lui dans le grenier sans sortir. Pendant ce temps et suite à des mauvais traitements infligés par les Allemands, la grand-mère a été relâchée et hospitalisée. Une chasse aux Juifs se produit alors et les Waiter trouvent à nouveau refuge chez José Martinez et ce jusqu’à la Libération. Le grand-père, après avoir été torturé, est libéré par les résistants en juillet 1944. Aujourd’hui âgée de 90 ans, Lucie Waiter-Victoria se souvient de l’école Lavelanétienne, de Monsieur et Madame Pomiès instituteurs, mais aussi « d’un professeur exceptionnel Jean Tricoire » qui lui a transmis l’amour de l’Histoire. Elle a tenu à rendre hommage à « Lavelanet, à « Pépé » qui sans réfléchir nous a cachés ».

Pour Anita Mazor, le couple «a fait preuve d’un courage et d’un dévouement exceptionnels ; et ce, au péril de leur vie et en mettant en danger leurs proches ». La Ministre tenant à « apporter le témoignage de gratitude et de reconnaissance éternel de l’État d’Israël ». Mais Anita Mazor a également fait part de sa crainte devant le « retour de l’antisémitisme. Pour combattre cette haine » a-t-elle poursuivi, « nous devons en appeler à la mobilisation, au devoir de mémoire ». Se tournant vers Dominique Martinez-Chenet avant de lui remettre la médaille et le Diplôme de « Justes parmi les Nations », elle aura ces mots : « ils ont montré le chemin, soyons-en dignes ». Émue aux larmes, comme nombre de personnes dans l’assistance, la fille de José et Maria Martinez a sobrement indiqué : « mes parents ont incarné la justice ; comme beaucoup de personnes, ils ont fait preuve de solidarité ».

À l’issue de la cérémonie, Marc Sanchez a remis la médaille de la Ville à Dominique Martinez-Chenet. Le 1er édile de Lavelanet répondant au souhait de Francine Théodore-Lévèque a glissé : « oui, notre Ville rejoindra le réseau « Villes et Villages des Justes de France et ainsi, nous perpétuerons le souvenir de José et Maria ».    

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