INTERVIEW 🎙️Après plusieurs mois d’absence, « Le livre de la semaine » revient sur Azinat avec la rentrée littéraire. Elle est particulièrement riche cette année : 344 romans français, dont 68 premiers romans, et 117 romans étrangers. Je vous livre ici mes lectures et mes coups de cœur.
La rentrée littéraire, ce sont aussi les prix, avec le plus glorieux, le Goncourt, mais d’autres tout aussi riches. Je ne passerai pas sous silence le prix André Malraux, car une locale de l’étape, que nous défendons depuis des années au Relais de Poche tant son talent est grand, figure dans la première sélection : Nour Malowé, avec « Garcia Lorca et le poète birman ». Que sa route soit longue ! Toute sélection est un parti pris, aussi poursuivrai-je avec un autre auteur local, à qui je souhaite la même réussite.
Il s’agit d’Olivier de Robert et de son « Blancs comme neige ». Comme il l’avait fait dans « La dernière danse de l’ours », il nous plonge dans un village de bout de route et d’un autre temps. Outre sa faconde, reconnaissable entre toutes, il fait œuvre de sociologue pour décortiquer ce qu’est la solidarité dans les montagnes pyrénéennes. C’est un vrai plaisir de redécouvrir encore et toujours nos montagnes et nos anciens. Je vous conseille d’ailleurs de vous reporter à l’interview d’Olivier de Robert que nous publierons prochainement sur Azinat.
Je ne vous parlerai pas du dernier livre de Georges Patrick Gleize, « Tel un oiseau blessé », puisque je l’ai interviewé récemment pour Azinat. Vous retrouverez cet entretien sur le site, dans la rubrique « Le livre de la semaine ».

Marion Brunet, elle, nous propose avec « Ne cherche pas le chaos » le parcours d’un Chilien installé en France. Être papa poule et élever sa fille de manière presque exclusive n’est pas très simple et n’est pas sans conséquences : il n’a pas su lui transmettre les raisons de son départ du Chili.
Alors sa fille part là-bas pour comprendre et le faire parler. C’est un livre tout en douceur sur la mémoire et la filiation, un vrai bonheur.
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Un livre de Didier Daeninckx est toujours un événement, et « Les Maisons parachutées » ne fait pas exception. L’auteur est malin : il faut aller jusqu’à la fin du récit pour savoir ce que ce titre recouvre. Mais on ne perd pas son temps en chemin, car son histoire de la Seconde Guerre mondiale est portée par des détails toujours de grande tenue. Et, cerise sur le gâteau ariégeois, il nous parle de Capoulet-Junac… mais chut !
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Côté polar, Caryl Ferey nous emmène aux États-Unis avec « Lakota », dans une réserve indienne du même nom. Comme toujours avec lui, le suspense nous tient tout au long du livre. Ses romans explorent les minorités, ici les luttes amérindiennes, le refus d’insertion et le racisme qu’elles subissent, et ce travail est toujours fascinant. C’est assurément un des très bons polars de la rentrée.
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Olivier Truc nous régale lui aussi, avec « Base Toundra » chez Métailié. Toujours en Laponie, au milieu des Samis, il évoque la neutralité de la Suède pendant la Seconde Guerre mondiale, son entrée dans l’OTAN en 2023 et surtout l’or récupéré par les nazis, notamment dans les camps d’extermination, qui a servi à acheter du minerai suédois. C’est un roman policier bien chargé d’histoire, qui se lit jusqu’au bout tant les décisions prises pour étouffer l’affaire sont énormes.

J’ai découvert l’exigence de Colum McCann avec « Apeirogon ». Quand « Ce qui nous frôle sous la surface » est arrivé, je me suis jeté dessus, et je n’ai pas été déçu. Ce qui nous frôle sous la surface, c’est ce qui nous relie dans ce monde moderne, et le constat final pose de grandes questions. L’auteur nous fait traverser les états d’âme de son personnage jusqu’à un final bluffant, où l’exigence du travail n’enlève rien au côté narratif. Excellent, vraiment excellent.
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Je terminerai avec un peu de polémique, à propos de « C’était ça ou mourir » de Thélyson Orélien. Au Relais de Poche, avec les passeurs de relais, tout le monde a été subjugué par ce livre, par ce qu’il transmet et par sa charge émotive. Ce récit, qui nous emmène de Haïti au Canada à travers douze pays, avec des migrants, douze histoires de misère et de survie, est très poétique et nous touche. L’auteur nous embarque avec des mots simples, des phrases courtes et rythmées, des anecdotes toutes plus stupéfiantes les unes que les autres, où la survie se joue au quotidien. Ce texte est puissant, comme le dit Gaël Faye, et il ne laisse pas indifférent. Certains y voient déjà le Goncourt 2026.

La polémique, c’est que l’on dit aujourd’hui qu’il aurait été écrit par l’IA. Je ne suis pas un spécialiste et je n’ai rien ressenti de tel en le lisant. Beaucoup de littéraires l’ont lu sans le pointer non plus. Mais cette histoire est intéressante pour mesurer la place de l’IA dans la littérature. J’ai lu d’autres reportages où des auteurs disent que, bien sûr, on utilise l’IA : dès que vous ouvrez un texte, elle est là, dès que vous allez sur Google aussi. À quel moment s’en sert-on vraiment ? Je pense qu’il y a de toute manière la partie création, et celle-là appartient toujours aux écrivains, aux hommes et aux femmes qui écrivent. Lui n’a pas, je crois, fait obstacle à cette création, qu’il se soit servi de l’IA ou pas. L’avenir nous le dira, mais je trouve la cabale qui le vise aujourd’hui assez calamiteuse et un peu triste.
Je laisse le dernier mot à l’une de nos passeuses de relais : « Les gens croient que les migrants viennent pour avoir des papiers, ils fuient surtout pour éviter la mort. » C’est ce que nous rappelle « C’était ça ou mourir ».
Par Dominique Mourlane,
libraire au Relais de Poche à Verniolle


