INTERVIEW 🎙️ Président de la CGAD et futur président de l’U2P, Anthony Parolin-Maurette dresse un état des lieux lucide des métiers de bouche en ce début d’année 2026. Entre difficultés économiques, adaptation permanente et rôle clé dans la vitalité des territoires ruraux, l’artisanat alimentaire reste debout et combatif.
À l’heure des vœux, des galettes et des bilans de début d’année, Anthony Parolin-Maurette, président de la Confédération générale de l’alimentation en détail (CGAD), s’apprête à prendre la tête de l’Union des entreprises de proximité (U2P), succédant dans quelques jours à Gérald Sgobbo. Une responsabilité supplémentaire pour celui qui représente déjà les métiers de bouche – boulangers, pâtissiers, charcutiers et traiteurs – au cœur de l’économie locale.
Ce que l’on demande avant tout, c’est de la visibilité de l’État. Quand en haut on n’en a pas, en bas c’est forcément compliqué
Dans un contexte national encore instable, marqué par des cycles électoraux à répétition, l’incertitude reste le principal frein à la projection des artisans. « Ce que l’on demande avant tout, c’est de la visibilité de l’État. Quand en haut on n’en a pas, en bas c’est forcément compliqué », résume Anthony Parolin-Maurette. Coûts de l’énergie, prix des matières premières, charges salariales et inflation normative pèsent lourdement sur les petites entreprises, même si l’économie globale montre des signes de résistance.
Quand un porteur de projet arrive au fin fond d’une vallée, il ne faut surtout pas le laisser partir : il n’y en a pas quarante qui se présentent
Pourtant, les métiers de bouche continuent d’assurer un rôle essentiel dans les territoires, en particulier en milieu rural. La disparition d’un commerce alimentaire peut fragiliser tout un village. En Ariège, le constat est clair : en quarante ans, le nombre de boulangers est passé de 145 à 68. Malgré cela, la présence artisanale demeure dans les vallées, grâce à des projets accompagnés de près par les syndicats et les chambres consulaires. « Quand un porteur de projet arrive au fin fond d’une vallée, il ne faut surtout pas le laisser partir : il n’y en a pas quarante qui se présentent », insiste-t-il.
Après plusieurs années difficiles liées à la crise énergétique, un rebond se dessine depuis quelques mois dans les commerces alimentaires. Reprises, installations et nouveaux projets repartent, notamment portés par des jeunes artisans. Une nouvelle génération qui n’aborde toutefois plus le travail de la même manière. Recherche d’équilibre entre vie professionnelle et personnelle, fermeture de deux jours par semaine, réorganisation du temps de travail : les modèles évoluent. Pour Anthony Parolin-Maurette, il ne s’agit pas d’un renoncement, mais d’une adaptation nécessaire pour fidéliser salariés et entrepreneurs.
Le monde ne s’arrête pas de tourner. Malgré une visibilité parfois floue, il faut avancer !
À l’horizon 2026, l’enjeu principal reste l’accompagnement : des territoires, des porteurs de projets et des financements. Car s’installer dans l’artisanat est un engagement de long terme, souvent sur dix ans ou plus. « Le monde ne s’arrête pas de tourner. Malgré une visibilité parfois floue, il faut avancer », conclut-il, fidèle à l’état d’esprit combatif des artisans de proximité.





