Après six années de démarches, l’Association des naturalistes de l’Ariège – Conservatoire d’espaces naturels (ANA-CEN Ariège) a fait l’acquisition, le 9 juillet dernier, de l’entrée de la grotte de Tourtouse. Une opération qui vient sécuriser durablement la protection de l’un des sites naturels les plus étudiés du département.
Située à proximité du village, la cavité n’a rien d’un lieu anonyme. Elle est explorée par la communauté scientifique depuis la fin du XIXe siècle, d’abord par l’Abbé Pouech pour ses recherches archéologiques, puis par le laboratoire souterrain de Moulis et son directeur Albert Vandel, qui s’y est intéressé à la faune invertébrée. Aujourd’hui encore, la grotte fait l’objet d’un suivi scientifique soutenu, cette fois tourné vers les populations de chauves-souris qui y trouvent refuge.
Ce patrimoine naturel reconnu a valu au site d’être intégré à plusieurs dispositifs de protection : un arrêté préfectoral de protection de biotope y interdit toute modification du milieu ainsi que les visites en dehors des périodes autorisées, un site Natura 2000 permet le suivi des colonies de chauves-souris tout en proposant des aides aux forestiers et agriculteurs volontaires, et un projet de Réserve Naturelle Nationale, porté par l’État, vise à terme la protection renforcée d’un réseau de sites souterrains à l’échelle du département.
C’est dans ce contexte, et face à un parcellaire privé morcelé autour de la cavité, que l’ANA-CEN Ariège a inscrit le site dans sa stratégie foncière. L’étude approfondie du foncier a permis d’identifier un lot de parcelles incluant l’entrée de la grotte, rendant possible la maîtrise de l’accès au réseau souterrain ainsi que la poursuite des actions de gestion et de suivi scientifique.
Cette acquisition n’aurait pas été possible sans un travail partenarial de longue haleine. La mairie de Tourtouse a soutenu la démarche de bout en bout, tandis que la SAFER a apporté son expertise foncière. Un GAEC bio voisin a par ailleurs été associé au projet : il se voit confier la gestion des parcelles, qui conservent ainsi leur vocation pastorale. Sur le plan financier, l’opération a été rendue possible grâce à un don particulier, qui représente 74 % du financement, complété à parts égales par la fondation Nymphalis et le Fonds Vert, à hauteur de 13 % chacun.
Le suivi des chauves-souris, assuré chaque saison en lien avec le Parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises, animateur du site Natura 2000, repose sur des méthodes soucieuses du bien-être animal : comptage au détecteur d’ultrasons et sous éclairage tamisé à la sortie du gîte, observation des jeunes par caméra infrarouge, précautions renforcées lors des visites hivernales.
Jusqu’à 6 000 individus, répartis en quatre espèces, ont été dénombrés en été : le Minioptère de Schreibers et le Petit murin, tous deux menacés d’extinction, ainsi que le Rhinolophe euryale et le Grand murin. Un suivi des conditions de température et d’humidité de la cavité a également été engagé pour mieux comprendre la vulnérabilité de la colonie au changement climatique.
La santé de la population de Minioptère de Schreibers fait l’objet d’une surveillance sanitaire spécifique, coordonnée par France Nature Environnement Nouvelle-Aquitaine avec plusieurs partenaires, l’espèce étant particulièrement exposée aux épizooties. Des prélèvements de guano ont par ailleurs été réalisés par une équipe du laboratoire TRACES-CNRS, dirigée par Laurent Bruxelles, afin d’étudier la biocorrosion et de mieux cerner la fréquentation passée du site par les chauves-souris.
Pour l’ANA-CEN Ariège, cette acquisition clôt une première phase de pérennisation des actions menées sur le site et en ouvre une nouvelle. L’association travaille désormais à l’extension du site Natura 2000 avec le PNR, à l’intégration du site dans la future Réserve Naturelle Nationale aux côtés de l’État, et à un appui aux missions de police de l’Office français de la biodiversité. Elle souhaite également encourager la poursuite des études scientifiques et une pratique respectueuse de la spéléologie, telle qu’elle est déjà menée par les clubs locaux.
L’association tient toutefois à rappeler que l’accès au site nécessite de traverser des parcelles privées, que la pratique y est interdite une grande partie de l’année et qu’elle présente des risques de chute importants. Elle invite donc à ne s’y rendre que dans le cadre des activités de l’ANA-CEN Ariège ou des clubs affiliés à la Fédération française de spéléologie.
Grotte de Tourtouse – 2 juillet 2026 – Thomas Cuypers
Source : Association des naturalistes de l’Ariège – Conservatoire d’espaces naturels





