REPORTAGE VIDÉO & INTERVIEW 🎙️ À Merens-les-Vals, l’unité d’embouteillage Eau Neuve, filiale de La Compagnie des Pyrénées, se retrouve à l’arrêt après l’éboulement massif qui a coupé la RN20 pour plusieurs mois. Un coup dur pour cette jeune entreprise en pleine croissance, dont le modèle repose sur une logistique millimétrée. Rencontre avec son directeur, Stéphane Andrieux.
Une ascension fulgurante depuis 2019
Créée en 2019, l’aventure Eau Neuve débute véritablement en avril 2021 avec la sortie de la première bouteille. En quelques années, la petite structure pyrénéenne s’impose sur un marché pourtant saturé.
« On a démarré notre activité de rien du tout. Première bouteille en avril 2021, 850 000 euros de chiffre d’affaires fin 2021, puis 5, 8, 9,5 millions… et nous avons dépassé les 10 millions d’euros l’an dernier. C’est une très belle croissance sur un marché extrêmement concurrentiel », retrace Stéphane Andrieux.
C’était un vrai pari de recruter localement, de former des personnes issues des stations de ski, de l’hôtellerie ou des cafés à des machines très pointues, en travail posté. C’est un pari que nous avons gagné.
Stéphane Andrieux, Directeur
Le positionnement est clair : des emballages éco-responsables – aluminium, carton type Tetra Pak, verre, PET recyclé à 30 % – et un ancrage territorial fort. Les 25 premiers salariés ont tous été recrutés dans un rayon de 25 kilomètres autour de l’usine. Aujourd’hui, 43 collaborateurs en CDI font tourner le site.
« C’était un vrai pari de recruter localement, de former des personnes issues des stations de ski, de l’hôtellerie ou des cafés à des machines très pointues, en travail posté. C’est un pari que nous avons gagné. »
Une eau de montagne, faiblement minéralisée
Puisée à 43 mètres de profondeur dans une moraine glaciaire, l’eau d’Eau Neuve a traversé pendant cinq ans les couches perméables du massif du Pédourès, bénéficiant d’une filtration naturelle. Résultat : une eau très faiblement minéralisée, autour de 69 mg.
Acheminée par pipeline jusqu’à l’usine, elle subit une micro-filtration avant d’alimenter trois lignes de production capables de conditionner différents formats : carton, PET recyclé, verre, aluminium et canettes.
Mais le site, coincé entre la voie ferrée et un torrent, ne dispose que de 6 600 m² d’emprise, avec environ 1 200 emplacements palettes maximum. Le stockage est volontairement limité. Toute la stratégie repose donc sur un flux logistique fluide vers un entrepôt déporté en région toulousaine, à Baziège.
La RN20 coupée, l’usine à l’arrêt
Le 31 janvier, tout bascule. Un éboulement massif coupe la RN20. Six salariés terminant leur poste se retrouvent bloqués au sud de la zone. Il faut organiser leur rapatriement. Puis vient la décision difficile : l’arrêt complet de la production.
Depuis, la majorité des salariés a été placée en activité partielle. Seuls les services essentiels – administration des ventes, logistique, achats-transport – poursuivent leur activité en télétravail pour maintenir le lien avec les clients.
On passe de deux heures de route à sept heures pour les camions. Ce n’est plus acceptable économiquement
Stéphane Andrieux, Directeur
L’impact est colossal : les trajets poids lourds passent de deux heures à sept heures.
« On passe de deux heures de route à sept heures pour les camions. Ce n’est plus acceptable économiquement. La logistique représente déjà 35 % du prix d’une bouteille. Dès qu’on dépasse ce seuil, on perd de l’argent. Aujourd’hui, notre problème n’est pas la production : l’usine est intacte, l’eau est excellente. Le problème, c’est comment l’amener au client à un prix correct. »
Un plan B vers les Pyrénées-Orientales
Pour survivre à cette crise annoncée sur trois à quatre mois, l’entreprise planche sur une solution alternative : trouver des fournisseurs de matières premières plus proches, notamment dans les Pyrénées-Orientales, et déporter temporairement une partie du stockage vers la périphérie de Perpignan.
L’objectif : raccourcir les circuits, limiter les surcoûts et préserver la rentabilité.
L’idée, c’est d’être résilient, de trouver un plan B à moyen terme pour traverser cette crise, préserver les emplois et continuer à satisfaire nos clients
Depuis son rachat par le groupe italien Acqua Sant’Anna, leader européen du secteur, Eau Neuve bénéficie d’un appui logistique et stratégique précieux.
« L’idée, c’est d’être résilient, de trouver un plan B à moyen terme pour traverser cette crise, préserver les emplois et continuer à satisfaire nos clients. Nous avons derrière nous un groupe expérimenté, avec 35 ans d’expérience dans l’embouteillage, qui nous accompagne dans cette transition. »
La logistique, nerf de la guerre
Sur le marché de l’eau embouteillée, les marges sont faibles. Une palette de 1,5 litre représente 504 bouteilles vendues à bas prix en grande surface. Le poids du transport est donc déterminant.
À Merens-les-Vals, l’éboulement n’a pas détruit l’outil industriel. Il met en lumière la fragilité d’un modèle dépendant d’une seule infrastructure routière. Pour cette « start-up » pyrénéenne devenue PME en hypercroissance, l’enjeu est désormais clair : transformer la contrainte en opportunité et bâtir une organisation logistique plus résiliente.
Dans les montagnes ariégeoises, l’eau continue de s’écouler. Reste à rouvrir « un itinéraire » pour qu’elle retrouve le chemin des consommateurs.





