INVITÉ.ES DE LA SEMAINE EN PODCAST 🎙️À l’occasion de la restitution conjointe de la Banque de France, de la Chambre de Commerce et d’Industrie de l’Ariège et du Tribunal de commerce de Foix, les acteurs économiques du département dressent un constat nuancé : si l’Ariège n’est pas en récession et bénéficie d’une industrie dynamique, les petites entreprises, notamment dans le bâtiment et la restauration, affrontent un climat d’incertitude renforcé par les difficultés d’accès liées à la RN20.
Des défaillances en forte hausse en 2025
Le constat est sans appel pour Bruno Duval, président du Tribunal de commerce de Foix : l’année 2025 a marqué un pic d’activité judiciaire.
Plus de 250 dossiers d’entreprises en difficulté ont été ouverts, soit un doublement par rapport aux années précédentes.
« Nous avons connu une très forte activité sur les entreprises en difficulté. Par rapport aux années précédentes, le nombre de dossiers a doublé », souligne-t-il.
La majorité des procédures concernent des entreprises de petite taille, rarement au-delà de dix salariés. Les grandes structures restent pour l’instant préservées, ce qui explique que l’économie globale ne soit pas en récession. Mais pour les TPE, la situation est délicate.
Plus inquiétant encore, une part importante des dossiers débouche sur des liquidations :
« Ce qui est pour nous un drame, c’est quand les entreprises arrivent trop tard et que plus rien ne peut être fait. Plus on vient tôt, plus on peut sauver l’entreprise. »
Le tribunal insiste donc sur la prévention et appelle les dirigeants à consulter dès les premiers signaux d’alerte.
2026 : l’effet RN20 et la crainte d’un printemps difficile
Les deux premiers mois de 2026 confirment un rythme similaire de procédures collectives. À cela s’ajoute la fermeture partielle de la RN20, axe stratégique vers l’Andorre, à la suite d’un éboulement au-delà d’Ax-les-Thermes.
En pleine saison d’hiver, certaines communes se retrouvent quasiment à l’arrêt. « C’est la double peine : on est en pleine saison, celle qui permet de constituer de la trésorerie pour passer les périodes creuses, et une partie de la zone est fortement impactée », explique Bruno Duval.
L’inquiétude se concentre désormais sur le printemps : si la saison hivernale ne permet pas de reconstituer les marges, avril et mai pourraient provoquer un nouvel afflux de dossiers.

Commerce et bâtiment : prudence et attentisme
Denis Debrulle, responsable du pôle études et aménagement du territoire à la CCI, rappelle le contexte des cinq dernières années : crise sanitaire, flambée des coûts de l’énergie, instabilité géopolitique et budgétaire.
« Nous ne sommes pas dans une dynamique économique forte, mais l’économie française résiste relativement bien », analyse-t-il.
Pour autant, le manque de visibilité freine l’investissement : moins d’un tiers des entreprises interrogées en 2025 ont investi, principalement pour renouveler du matériel plutôt que pour accroître leurs capacités.
Près de 50 % des chefs d’entreprise se déclarent confiants pour l’avenir de leur entreprise, et cette tendance s’améliore.
Le commerce reste sous tension. « On observe une activité relativement faible sur l’ensemble de l’année, avec un regain classique au quatrième trimestre. » Les commerces d’équipement de la personne et du foyer souffrent particulièrement, concurrencés par la vente en ligne et la prudence des ménages.
La restauration, hors zones de montagne, exprime également davantage d’inquiétude. Toutefois, Denis Debrulle souligne un signal encourageant :
« Près de 50 % des chefs d’entreprise se déclarent confiants pour l’avenir de leur entreprise, et cette tendance s’améliore. »
L’industrie, pilier de la résilience ariégeoise
L’un des moteurs du département demeure l’industrie, notamment en lien avec la filière aéronautique toulousaine. Les carnets de commandes restent bien orientés et les recrutements se poursuivent, malgré des difficultés à pourvoir certains postes techniques.
Cette dynamique contribue à maintenir un niveau d’emploi satisfaisant, avec un rapprochement du taux de chômage ariégeois vers la moyenne régionale.
Nos territoires dans un contexte macroéconomique plus stable
Pour Vincent Massol, directeur départemental de la Banque de France, il convient d’abord de rappeler un point essentiel :
« La France n’est pas en récession. Nous sommes dans une situation de croissance modérée, autour de 1 %, mais pas en crise. »
L’inflation, revenue sous les 1 %, est désormais maîtrisée. « La bataille de l’inflation a été gagnée. Cela ne signifie pas que les prix baissent, mais qu’ils n’augmentent plus au rythme que nous avons connu après le Covid. »
Concernant le pouvoir d’achat, il précise :
« Les pertes enregistrées après la crise sanitaire ont été compensées par les gains des deux dernières années. Les revalorisations salariales ont été supérieures à l’inflation. »
Le taux de chômage national, autour de 7,9 %, reste historiquement bas. Par ailleurs, la baisse progressive des taux directeurs européens pourrait soutenir l’investissement dans les mois à venir.
Une économie sous vigilance
En définitive, l’Ariège présente en 2026 un visage contrasté :
- une économie nationale stabilisée,
- une industrie locale dynamique,
- un emploi relativement solide,
- mais un tissu de petites entreprises fragilisé,
- et des aléas conjoncturels locaux — notamment la RN20 — qui accentuent les tensions.
Le mot d’ordre partagé par les intervenants est clair : vigilance et anticipation. Dans un contexte encore incertain, la capacité des entreprises à s’adapter rapidement sera déterminante pour la suite de l’année.




