INTERVIEW 🎙️Dans son roman « Rafael et ses guerres », Marie-Claire Lacombe donne chair à une mémoire longtemps restée muette. Ce livre est né d’un silence : celui qui entourait, dans son enfance, les républicains espagnols exilés, parents de ses copines d’école. Ces hommes et ces femmes ne disaient jamais rien de leur parcours, ni en Espagne, ni en France, et leurs propres enfants n’en savaient souvent guère plus. Pour certaines de ces amies, il est désormais trop tard, car les pères ont disparu en emportant leur histoire.
L’autrice ne nie pas l’existence des archives, des travaux d’historiens ni des nombreux témoignages recueillis en Ariège, y compris très récemment. Mais rien de tout cela, souligne-t-elle, n’a pu remplacer pour ces filles d’exilés une parole qui aurait été prononcée un jour, directement, de père à enfant. C’est ce manque que son roman cherche à approcher.
Bonjour Marie Claire Lacombe. Tout d’abord que vous résidez en Ariège et que votre livre parle abondamment de l’Ariège, même si les actions principales se passent ailleurs. Vous venez d’écrire votre premier roman « Rafael et ses guerres » sous-titré « un républicain espagnol en Résistance » aux éditions complicités, un roman historique sur fond de guerre d’Espagne, de Retirada, de seconde guerre mondiale, bref votre livre embrasse un pan de notre histoire à cheval sur les Pyrénées.
Qu’est-ce qui vous a inspiré cette fresque sur cette période déjà largement couverte ?
Vous vous êtes largement documentée, en particulier auprès de personnes reconnues sur notre territoire.
Comment avez-vous procédé pour collecter la somme d’informations que regroupe votre ouvrage ?
Pendant un long passage, vous tournez autour du camp du Vernet jusqu’au moment où le travail devient obligatoire et où les règles changent pour ce camp de concentration avec une surveillance renforcée et des évasions impossibles.
Pourquoi avez-vous sélectionné cette période particulière et suivant quelles sources ?
Vous avez sous-titré votre livre : un républicain espagnol en Résistance : comment expliquez-vous cette prise de conscience de la part de Rafael et faites-vous un lien avec notre période actuelle ?
Par ailleurs votre livre est un roman où l’on suit Rafael sortir de sa condition de paysan en Espagne pour devenir copiste puis graveur, forgeron, soudeur. On découvre tous ces métiers qui font le parcours de Rafael. Quel imaginaire avez-vous mis dans ce parcours ?
Le destin de Rafael repose en grande partie sur la rencontre avec Vincent avant et pendant la colonne Duratti et la famille Audouin, dont est issu Vincent, dans le Lauragais. Là, dans votre récit, petit à petit, la famille Audouin et en particulier le fille, Jeannette, prennent le dessus. J’ai eu l’impression d’un glissement d’une histoire à une autre. De quelle articulation pouvez-vous parler ?
Il y a tant à dire sur votre livre « Rafael et ses guerres » que l’on pourrait, devrait, prendre plus de temps, mais je préfère laisser aux lecteurs le soin de découvrir la richesse de votre histoire.
Merci beaucoup Marie-Claire Lacombe pour ce très beau roman historique.
Par Dominique Mourlane,
libraire au Relais de Poche à Verniolle

Haut-Aragon, 1931. Dans une Espagne en plein bouleversement, Rafael Mercadal, fils de métayer, découvre la vie au rythme du travail des champs et de l’affection portée à Rosa, sa soeur. Après une enfance chahutée, il choisit l’espérance portée par la Deuxième République élue en 1931. Engagé du côté des Républicains, Rafael voit s’effondrer son pays et doit fuir vers la France. Exilé en France au moment de la Retirada, il entre, dès les premiers mois de l’Occupation, dans la Résistance, se forgeant ainsi un destin d’homme libre, fidèle à ses idéaux de fraternité et de dignité. Artisan talentueux, dessinateur discret, il trouvera dans l’art et la solidarité la force de survivre aux tourments de son siècle. À travers ce roman historique, inspiré par les grandes tragédies du XXe siècle, Marie-Claire Lacombe fait revivre le parcours d’un exilé espagnol pris entre la guerre, l’amour, la mémoire et l’espérance. Une fresque humaine et lumineuse, où la main de l’homme, celle qui forge, qui soigne, qui résiste, devient symbole de liberté.


