REPORTAGE 🎥 Vendredi 10 avril. La cité scolaire de Mirepoix a accueilli un déjeuner pas tout à fait ordinaire : au menu, de la viande locale issue d’élevages ariégeois, en signe de soutien aux producteurs touchés par la crise de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC).
Une réponse concrète à la crise bovine
Depuis plusieurs mois, les éleveurs du département traversent une période difficile. La DNC, maladie virale qui a frappé les cheptels, a entraîné un confinement strict des élevages pendant près de trois mois, bloquant tout transport d’animaux à des fins commerciales. Résultat : des bêtes prêtes à la vente au début de la crise se sont retrouvées, à sa levée, hors du créneau de commercialisation habituel — trop grandes, et ne correspondant plus aux critères des filières d’exportation classiques vers l’Italie ou l’Espagne.
C’est dans ce contexte que des collectivités notamment le Conseil Régional s’étaient engagées à trouver des débouchés locaux pour écouler ces stocks. Le lycée de Mirepoix a répondu présent.
Jean-Yves Bousquet : « Valoriser les produits locaux dans le temps »
Jean-Yves Bousquet, agriculteur éleveur à Mirepoix et vice-président de la Chambre d’Agriculture de l’Ariège, était l’invité de ce repas. Il a vu dans cette initiative bien plus qu’une journée symbolique : « Ce qu’on souhaite, c’est organiser plus concrètement cette filière pour qu’on puisse valoriser ces produits dans le temps, et pas seulement lors d’une journée exceptionnelle. »
Au-delà du veau servi ce vendredi, les élèves ont également pu déguster des yaourts de la Buscaillère et, lors d’autres repas, de la volaille d’Alexandre Sintes. Un repas complet, ancré dans le terroir local.
La marque Nòu et la plateforme terroir en soutien
Cette initiative s’inscrit dans un cadre plus large, porté conjointement par la Chambre d’Agriculture de l’Ariège — via sa marque Nòu — et par la plateforme terroir Ariège-Pyrénées, qui facilite l’accès des lycées et collèges aux appels d’offres pour l’approvisionnement de leurs cantines. La Région Occitanie, représentée par Kamel Chibli a également soutenu l’opération.
Un verrou structurel à lever : la filière d’engraissement
Jean-Yves Bousquet n’a pas manqué de pointer les freins qui persistent. L’Ariège est un département essentiellement naisseur : les éleveurs y font naître les veaux, mais peu les engraissent avant abattage. Les animaux partent donc grossir à l’étranger, là où les coûts de production et les dimensions des élevages sont plus favorables. « On reste sur des élevages familiaux, alors que l’Espagne et l’Italie travaillent avec des structures beaucoup plus importantes qui leur permettent d’équilibrer les coûts plus facilement », résume-t-il.
Autre contrainte : Lorsqu’un lycée achète de la viande locale, l’éleveur doit pour autant vendre l’animal en entier — le lycée n’en prend qu’une partie. Ce jour-là, 70 kilos de viande spécifique ont été préparés pour la cantine, mais c’est à l’éleveur qu’il revient de trouver des débouchés pour le reste de la carcasse — un défi commercial qui nécessite une structuration solide de la filière.
Un premier pas prometteur
Malgré ces obstacles, le repas de ce vendredi représente un signal fort. Il montre qu’une restauration collective comme celle d’un lycée peut devenir un levier réel pour soutenir l’agriculture locale ariégeoise — à condition de construire une filière durable, capable de répondre aux volumes et aux contraintes budgétaires des établissements scolaires.
La démarche sera à suivre de près dans les mois à venir.





