INTERVIEW 🎙️Joseph Calvi, président de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de l’Ariège et de l’Occitanie, est notre invité de la semaine. Il dresse un état des lieux sans détour d’un secteur éprouvé par les crises, mais qui ne lâche pas.
« C’est un secteur qui souffre, mais qui résiste. »
C’est avec ces mots directs que Joseph Calvi, président de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de l’Ariège et de l’Occitanie, entame son bilan. Depuis la crise Covid, les artisans ariégeois encaissent les coups : choc énergétique, tensions sur les approvisionnements, difficultés de recrutement. Pourtant, le tissu artisanal tient bon. Et pour cause : avec 16 000 emplois directs dans un département de 157 000 habitants, l’artisanat n’est pas un détail de l’économie locale — il en est l’un des piliers.
Le bâtiment et l’alimentaire en première ligne
Si tous les secteurs ont été touchés, certains ont subi de plein fouet la flambée des prix de l’énergie. « Tous ceux qui sont impactés par la crise énergétique souffrent un peu plus que les autres », reconnaît Joseph Calvi, citant en particulier le bâtiment et le secteur alimentaire. Face à ces difficultés, les équipes économiques de la Chambre de Métiers sont mobilisées depuis plusieurs années pour accompagner les entreprises au cas par cas.
« Un apprenti sur deux va créer ou reprendre une entreprise. »
La formation, clé de voûte de l’avenir
L’une des réponses les plus concrètes aux difficultés de recrutement, c’est la formation. Chaque année, la Chambre de Métiers forme 650 jeunes et moins jeunes. Le résultat est éloquent : 90 % d’entre eux signent un CDI à l’issue de leur contrat d’apprentissage, et un sur deux crée ou reprend une entreprise. « On forme les jeunes qui seront les salariés de demain et les chefs d’entreprise d’après-demain », résume le président.
Ce jeudi 21 mai, la Chambre de Métiers accueillait d’ailleurs le concours « Un des meilleurs apprentis de France », avec 23 jeunes Ariégeois en lice — preuve d’un dynamisme que les chiffres confirment. Et ces apprentis, pour la plupart, restent sur le territoire : un atout précieux pour maintenir de la vie et de l’économie de proximité dans les villages et les bourgs du département.
La période Covid, aussi douloureuse qu’elle ait été, a eu un effet inattendu : elle a poussé de nombreux actifs à reconsidérer leur trajectoire professionnelle. Beaucoup se sont tournés vers les métiers de l’artisanat, perçus comme des métiers passion, ouvrant la voie à de nouvelles dynamiques de reconversion professionnelle que la Chambre accompagne activement.
La transmission d’entreprise, un défi relevé
Autre enjeu majeur : la reprise d’entreprise. Trouver un repreneur, le financer, assurer une transition en douceur — c’est un parcours semé d’embûches, surtout en période de conjoncture difficile. La Chambre de Métiers dispose pourtant d’un spécialiste dédié à cet accompagnement, sur plusieurs années si nécessaire. « Je peux vous garantir qu’on a d’excellents résultats », assure Joseph Calvi, qui cite plusieurs transmissions réussies, mises à l’honneur lors d’une récente conférence territoriale.
Un secteur à l’épreuve du temps — et de l’IA
« S’il y a bien un domaine qui sera peut-être beaucoup moins touché par l’intelligence artificielle, c’est bien l’artisanat. »
Fort de quarante ans passés dans le secteur, Joseph Calvi a une conviction : l’artisanat a traversé toutes les crises et il traversera celle-ci. « Il y a eu de nombreuses difficultés, mais le secteur a été résilient. » Et pour l’avenir, le président se montre serein, avec un argument de poids : là où l’intelligence artificielle bouleverse pans entiers de l’économie, le savoir-faire manuel, la relation de proximité et le travail artisanal ont de beaux jours devant eux.
« L’économie de proximité avec le secteur de l’artisanat comme premier maillon fort a un avenir, c’est certain. » Conclu le président






