REPORTAGE 🎙️350 enfants venus de toute l’Ariège, 24 disciplines et un même terrain de jeu. À Foix, les Duo Games ont réuni élèves des écoles et jeunes accompagnés par des établissements médico-sociaux pour une journée placée sous le signe du sport, de la découverte et surtout de l’inclusion. Avec un principe simple : constituer des groupes où les enfants pratiquent ensemble, qu’ils soient ou non en situation de handicap.
Sur les stades et équipements du Complexe Jean-Surre de Foix, les petits drapeaux de différents pays rappellent encore l’esprit des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Mais ce mardi, pas de podium ni de recherche de médailles. La performance se mesure d’abord à la capacité à pratiquer, découvrir et partager ensemble.
Organisés dans le cadre de « Septembre Bouge », les Duo Games ont rassemblé quelque 350 enfants venus des quatre coins de l’Ariège.
« Le mot d’ordre, c’est inclusion, partage, découverte et plaisir surtout », résume Cyril Balondrade, du Comité départemental olympique et sportif de l’Ariège (CDOS 09).
350 enfants et 24 disciplines à découvrir
Pour cette édition, deux manifestations se sont associées : les Duo Games, destinés notamment à favoriser la rencontre autour du sport entre jeunes en situation de handicap et élèves scolarisés en milieu ordinaire, et la Journée olympique et paralympique.
Autour du CDOS de l’Ariège, plusieurs acteurs du sport scolaire et du handicap se sont mobilisés, avec la participation de clubs et comités sportifs départementaux.
Le résultat : 24 disciplines proposées au cours de la journée, grâce notamment à l’implication bénévole des acteurs sportifs ariégeois.
Tennis de table, football, boxe, sports collectifs, sports de combat… Les enfants ont pu passer d’un atelier à l’autre et découvrir au minimum six activités au cours de leur parcours.
Des disciplines paralympiques et adaptées étaient également proposées, à l’image de la boccia ou de la sarbacane.
« Il y en a pour tous les goûts », sourit Cyril Balondrade.
Le « duo » pour faire tomber les barrières
Mais la particularité de la journée ne tient pas seulement au nombre de sports proposés. Elle réside surtout dans la manière dont les groupes ont été constitués.
Pas question de séparer les enfants en situation de handicap des autres élèves.
« Absolument pas », insiste Michel De la Cruz, représentant de l’Éducation nationale. « L’organisation vise justement cette notion de duo. Le Duo Game, c’est l’association d’enfants en situation de handicap avec des enfants du milieu ordinaire. »
Les quelque 350 participants, issus aussi bien d’écoles que d’établissements médico-sociaux, ont été répartis en groupes. Beaucoup ne se connaissaient pas en arrivant le matin.
Le temps d’une journée, l’établissement d’origine ou la situation de chacun passent ainsi au second plan. Les enfants jouent, expérimentent et découvrent les activités ensemble.
Les sports adaptés suivent la même philosophie : ils sont proposés à tous, en situation de handicap ou non.
« L’objectif est de sensibiliser à la diversité des sports et à la diversité de leurs pratiques, qu’on soit en situation de handicap ou pas », souligne Michel De la Cruz.
Faire découvrir le sport pour donner envie de continuer
Les Duo Games poursuivent également un autre objectif : favoriser la pratique physique chez les plus jeunes.
Une journée de découverte peut être l’occasion de rencontrer une discipline inconnue, mais aussi de découvrir qu’un club la propose à quelques kilomètres de chez soi.
« L’ambition est de renforcer la pratique du sport chez les jeunes, de leur donner envie de rejoindre des clubs et de pratiquer une activité sportive régulière », explique Cyril Balondrade.
La diversité des ateliers prend alors tout son sens. Certains enfants n’ont pas nécessairement accès à un large éventail de disciplines dans leur environnement quotidien et ne connaissent pas toujours les associations sportives présentes près de chez eux.
Les Duo Games deviennent ainsi une grande porte d’entrée vers le mouvement sportif ariégeois.
Ne plus regarder le handicap sous l’angle du déficit
Pour les organisateurs, le sport constitue aussi un outil particulièrement puissant pour travailler sur la perception du handicap.
Michel De la Cruz invite notamment à dépasser le regard porté spontanément sur les capacités ou les difficultés d’une personne.
« Pour nos élèves, l’enjeu, c’est de percevoir le registre de leur émotion et, à travers le corps, de trouver des réponses de performance et non pas de déficit », explique-t-il.
L’activité physique permet de déplacer les repères. Sur le terrain, chacun doit trouver sa manière de participer, de communiquer avec les autres, de réussir un geste ou de progresser.
Cette approche rapproche également deux univers professionnels qui travaillent autour des mêmes enfants : celui de l’Éducation nationale et celui du secteur médico-social.
« Nous avons la chance de partager cette vision avec les professionnels du médico-social. Les éducateurs sportifs ont beaucoup à nous apprendre sur la manière de communiquer avec le langage du corps », poursuit Michel De la Cruz.
De l’inclusion scolaire à l’inclusion dans la société
Derrière cette journée sportive se dessine en effet une ambition qui dépasse largement les limites du stade.
Pour Michel De la Cruz, faire vivre ensemble des enfants aux profils différents participe à la construction d’une école plus inclusive, mais prépare également la place que chacun trouvera demain dans la société.
« Nous avons travaillé en coopération avec l’ensemble des établissements médico-sociaux de l’Ariège et des établissements ordinaires pour porter ensemble des valeurs inclusives : l’école pour tous, l’école qui permet à tous les élèves, quelles que soient leurs capacités d’apprendre, de vivre dans le milieu ordinaire, qui est tout simplement leur milieu de vie. »
L’inclusion scolaire constitue ainsi une étape d’un parcours qui se poursuivra ensuite autour des questions d’insertion sociale et professionnelle.
Faire vivre l’héritage de Paris 2024
Les nombreux petits drapeaux visibles dans les groupes ne sont pas là par hasard. Ils témoignent de la volonté des organisateurs de prolonger localement l’élan des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024.
Plus de deux ans après l’événement, les organisateurs veulent en conserver l’une des dimensions : la capacité du sport à rassembler des publics différents et à faire évoluer le regard porté sur le handicap.
« Les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 résonnent encore dans toutes nos têtes et nous permettent d’avoir un discours qui fédère, qui fait coopérer », estime Michel De la Cruz.
L’enjeu des Duo Games tient finalement en quelques mots : changer le regard sur les différences.
Une ambition que les enfants eux-mêmes avaient déjà formulée lors d’une précédente manifestation culturelle. Invités à réfléchir en duo à leur vision d’un monde inclusif, ils avaient imaginé une phrase devenue depuis le slogan affiché sur les tee-shirts de la manifestation :
« Nos différences seront notre chance. »
À Foix, le temps d’une journée et de 24 disciplines sportives, les 350 jeunes Ariégeois lui ont donné une traduction très concrète : jouer ensemble avant de regarder ce qui les distingue.



