Quand l’histoire familiale se confond avec l’Histoire, en reconstituer la mémoire décharge d’un fardeau les aïeux comme leurs héritiers. Chaque tragédie intime est un nouveau regard, utile à tous, porté sur des événements toujours à défricher : la guerre civile d’Espagne, la guerre d’Algérie, l’exil des espagnols républicains. Encore faut-il trouver son écriture comme on trouve sa voix. Zoé Hernandez y parvient avec brio, livrant un premier roman réussi qu’elle présente à la bibliothèque du Mas-d’Azil vendredi 12 juin 2026 à 19 h.
L’exil dit « tardif » des républicains espagnols est moins connu que la voie d’exil par les Pyrénées. Le 28 mars 1939, quatre jours avant la victoire totale de Franco, Alicante, dernière zone échappant encore aux griffes fascistes, est le théâtre d’événements tragiques. Dans le port sont amassés des milliers de candidats à l’exil dans l’attente d’un bateau. Quelques chalutiers et trois embarcations, avec à leur bord 637, 859 et 37 passagers, ont déjà pu quitter Alicante malgré un blocus maritime.
Le Stanbrook, bateau à vapeur de la marine marchande britannique, est amarré depuis le 17 février en attente de cargaisons de tabac, d’oranges et de Safran.. Son capitaine héroïque Archibald Dickson, désobéissant aux ordres de son armateur, accepte d’embarquer quelques 3000 personnes à son bord, direction Mers el-Kébir. Les réfugiés restés à quai seront conduits dans les camps de concentration de Los Almendros. et d’Albatera.
Auto-fiction historique
C’est avec le Stanbrook que commence le roman auto-fictionnel historique de Zoé Hernandez, jeune autrice installée en Ariège : des arrière-grands-parents sauvés in extremis, débarqués en Algérie avec six enfants, parqués dans un camp du sud du pays avant d’être déplacés vers les bidons-ville d’Alger où des anarchistes espagnols tentent encore de poursuivre leur lutte aux côtés de communistes algériens ; puis un grand-père, Pablo rebaptisé François lors de sa rapide naturalisation française qui lui permet d’intégrer l’armée… ou un espagnol dans la guerre d’Algérie, avec son lot de tortures, viols, chasses aux fellaghas et son opération Jumelles Challe de juillet 1959 à avril 1960 en Kabylie.
Enfin la question, en 2016, qui taraude la narratrice alors étudiante à Lyon : comment l’immigré peut abattre l’Algérien au nom des colons français ? Cet immigré pourtant fils de héros anarchiste. Pour démêler la honte et la fierté de cet héritage, « démêler le fracas des mots », elle questionne son abuelo, médaillé de guerre aux traumatismes enfouis mais bien présents, tandis qu’elle-même est militante anti-fa confrontée aux violences contemporaines qui portent aussi le nom de répression, fascisme, sexisme, viol. Portée par sa lignée de femmes courageuses, « mère-bataille » ou « femme-montagne », la petite-fille de l’exil fouille le vide-ordure de l’histoire pour comprendre les hommes, leur violence et leur silence, et « déplacer un peu sa colère ».
La rencontre animée par le libraire de la Maison de Papier promet une richesse de contenus historique, politique et littéraire.
Vendredi 12 juin 2026 à 19h00,
Bibliothèque du Mas-d’Azil





