L’INVITÉE DE LA SEMAINE 🎙️ À l’occasion de la 38e édition du festival MIMA à Mirepoix, Caroline Galmot, directrice du festival porté par l’association Filentrope, est l’invitée de la semaine d’Azinat.com TV. L’occasion de rappeler que derrière le mot « marionnette » se cache aujourd’hui une création contemporaine en perpétuelle évolution, mais aussi un événement culturel majeur pour l’Ariège, capable d’attirer artistes, professionnels et spectateurs bien au-delà des frontières du département.
Depuis 1988, les marionnettes ont pris leurs habitudes sous les couverts de Mirepoix. Trente-huit éditions plus tard, MIMA est toujours là, mais la discipline qu’il met à l’honneur a profondément évolué.
« On continue à célébrer cette discipline qui a beaucoup muté depuis quelques décennies », explique Caroline Galmot, directrice du festival MIMA et de l’association Filentrope.
Et c’est probablement l’une des premières idées reçues qu’elle souhaite faire tomber : la marionnette contemporaine ne se résume plus, depuis longtemps, aux formes traditionnelles que le grand public lui associe encore parfois.
Une marionnette qui raconte le monde d’aujourd’hui
Théâtre d’objets, théâtre d’ombres, numérique, nouvelles formes scéniques… Les artistes s’emparent désormais de techniques extrêmement diverses pour inventer de nouveaux langages.
Une évolution particulièrement visible dans le Off de MIMA, où se côtoient notamment de jeunes compagnies émergentes venues d’Occitanie et de toute la France, parfois issues d’écoles spécialisées comme celle de Charleville-Mézières.
« C’est une discipline qui est toujours en train de s’inventer et de se réinventer », souligne Caroline Galmot.
Dans les salles, sous les platanes ou dans les rues de Mirepoix, les formes traditionnelles côtoient ainsi les créations les plus contemporaines.
Avec surtout une ambition : raconter notre époque.
Cette 38e édition l’affirme jusque dans sa thématique : « Nos histoires ».
Histoires intimes, histoires universelles et grande Histoire s’entremêlent. Les artistes puisent dans le passé pour interroger le présent et imaginer, grâce à leurs techniques et à leur poésie, ce que pourrait être demain.
MIMA, vitrine de la création
Pendant quatre jours, du jeudi au dimanche, MIMA est bien sûr un festival de diffusion, avec des dizaines de spectacles à découvrir. Mais Caroline Galmot insiste sur une autre dimension devenue essentielle : la création.
24 compagnies sont présentes dans le In cette année et une majorité des spectacles proposés ont été créés en 2025 ou 2026.
Certaines représentations constituent même des premières françaises, notamment pour des compagnies espagnoles, tandis que d’autres sont de véritables créations mondiales.
MIMA est ainsi devenu une vitrine particulièrement observée par les professionnels du spectacle vivant.
Mais le travail ne se limite pas aux quatre jours du festival.
Tout au long de l’année, l’équipe accueille des artistes en résidence, accompagne financièrement des projets et met à leur disposition des espaces de travail. Cette action s’appuie sur un réseau de partenaires et de collectivités qui dépasse largement les frontières de Mirepoix.
Des collaborations se sont développées avec d’autres acteurs culturels du département, notamment à Pamiers et Foix, permettant d’accueillir des spectacles plus ambitieux techniquement et nécessitant des salles de plus grande capacité.
« MIMA aujourd’hui dépasse Mirepoix et est devenu un projet départemental au service de la création et au service du territoire », résume sa directrice.
Des salles pleines… que l’on ne peut pas pousser
Le succès pose d’ailleurs une difficulté assez particulière à MIMA.
Contrairement à d’autres grands festivals, augmenter les jauges n’est pas toujours possible. Certaines formes de marionnettes nécessitent une proximité avec le public et les petites salles de Mirepoix affichent rapidement complet.
« On ne peut pas pousser les murs », sourit Caroline Galmot.
Le développement de partenariats avec des villes comme Pamiers permet néanmoins de disposer d’espaces plus importants et d’accueillir des créations nécessitant davantage de vidéo, de lumière ou de son.
Car la marionnette contemporaine est aussi devenue une discipline techniquement exigeante.
Dans le même temps, le Off envahit l’espace public et rassemble parfois des foules considérables.
Un succès qui témoigne également de la diversité du public de MIMA : jeunes, adultes, seniors, familles ou passionnés de spectacle vivant se retrouvent pendant quatre jours dans les rues de la cité médiévale.
De l’autre côté des Pyrénées
La fréquentation du festival ne s’arrête pas non plus à la frontière.
En déambulant dans Mirepoix pendant MIMA, on entend régulièrement parler espagnol ou catalan. Une présence qui n’a rien d’un hasard.
La Catalogne et plus largement l’Espagne possèdent une véritable culture de la marionnette. Caroline Galmot se rend elle-même régulièrement dans les festivals espagnols pour repérer de nouvelles compagnies.
Cette année, « Tumbalafusta », présenté à la salle Paul-Dardier, constituait ainsi une première française pour une compagnie catalane.
« On est voisins, et on est aussi voisins de discipline », résume la directrice.
Mais MIMA attire également des spectateurs et professionnels anglophones ou venus de pays du nord de l’Europe. Le festival constitue pour eux une occasion de repérer les compagnies du grand Sud de la France, de Marseille à Bordeaux en passant par l’Occitanie.
Et l’Ariège elle-même possède, souligne Caroline Galmot, un vivier particulièrement intéressant de compagnies de marionnettes.
À cela s’ajoute un environnement qui ne gâche rien : patrimoine médiéval, Pyrénées et douceur estivale permettent de conjuguer festival, découverte du territoire et vacances.
200 personnes derrière quatre jours de festival
Mais derrière l’effervescence des rues de Mirepoix se cache une impressionnante organisation.
Pendant MIMA, ce sont environ 200 personnes qui participent au fonctionnement du festival : 120 bénévoles, une trentaine de stagiaires, 25 intermittents du spectacle et cinq permanentes qui travaillent toute l’année sur le projet, auxquels viennent s’ajouter différents renforts.
Le rôle des bénévoles est absolument essentiel.
« Si on enlève les bénévoles, il n’y aurait pas de festival », rappelle Caroline Galmot.
Accueil, bar, technique, scénographie, organisation… Il faut notamment transformer 13 espaces intérieurs en véritables salles de spectacle capables d’accueillir compagnies et public.
Une mécanique considérable qui se met en place chaque été avec des moyens humains, matériels et financiers qui restent mesurés au regard de l’ambition du rendez-vous.
Un événement culturel majeur pour l’Ariège
Au fil de ses 38 éditions, MIMA a ainsi largement dépassé le cadre d’un simple festival estival.
Il est devenu à la fois un lieu de diffusion, un espace de création, un rendez-vous professionnel et un outil culturel qui travaille désormais à l’échelle du département.
Une précédente étude estimait d’ailleurs à plus de 30 000 le nombre de personnes gravitant autour de Mirepoix pendant les quatre jours du festival, signe de son impact bien au-delà des seules entrées dans les salles.
Un rendez-vous populaire capable de faire cohabiter création contemporaine exigeante et spectacles accessibles dans l’espace public, professionnels internationaux et familles venues simplement profiter de l’ambiance.
Et après 38 éditions, c’est peut-être là que réside la réussite de MIMA : avoir su accompagner toutes les transformations de la marionnette sans perdre cette dimension populaire qui, chaque été, transforme Mirepoix.
« Au fil des ans, MIMA est devenu un événement majeur pour l’Ariège au niveau culturel et un événement incontournable pour la marionnette en France », conclut Caroline Galmot.





