Ce vendredi 2 octobre, des élèves du lycée Pierre-de-Coubertin, à Font-Romeu, ont rejoint le mouvement de mobilisation qui touche depuis plusieurs jours les lycées français. Alors que l’actualité nationale s’est largement focalisée sur les violences et les dégradations survenues en marge de certains blocages, les lycéens de Font-Romeu veulent, eux, remettre au centre du débat les raisons de leur colère : manque de professeurs, conditions matérielles dégradées et sentiment de ne pas être entendus.
À Font-Romeu aussi, la colère des lycéens se fait entendre.
Ce vendredi 2 octobre, des élèves du lycée Pierre-de-Coubertin se mobilisent devant leur établissement dans le sillage d’un mouvement désormais national. Depuis plusieurs jours, blocages, rassemblements et manifestations se multiplient dans les lycées français.
Mais derrière les images nationales ou en Ariège à Pamiers, de poubelles incendiées, de dégradations et d’affrontements qui occupent une grande partie de l’espace médiatique, les élèves mobilisés veulent rappeler qu’il existe aussi — et d’abord — des revendications concernant leur quotidien à l’école.
À Font-Romeu, ils les ont couchées sur le papier.
« Nous ne pouvons pas réussir dans de telles conditions »
« Aujourd’hui, nous sommes là pour revendiquer nos droits », commencent les élèves dans un texte rédigé pour expliquer leur mobilisation.
Ils y dressent une liste très concrète de leurs préoccupations : « manque de professeurs, bâtiments en mauvais état et trop peu d’écoute, voire aucune écoute, de la part de l’Éducation nationale ».
Derrière la contestation, ils disent surtout leur inquiétude pour leur scolarité et leur avenir.
« Nous sommes des élèves, mais nous sommes aussi l’avenir de ce pays. Nous avons le droit d’étudier dans de bonnes conditions, avec des professeurs présents, des salles adaptées et un environnement qui nous permet réellement d’apprendre », écrivent-ils.
Une question revient avec insistance : comment préparer correctement le baccalauréat puis les études supérieures lorsque des cours ne peuvent pas toujours être assurés dans de bonnes conditions ?
Pour ces lycéens, manifester n’est donc pas une fin en soi. C’est un moyen de rendre visible une situation qu’ils estiment insuffisamment entendue.
Des revendications qui dépassent Font-Romeu
Les préoccupations exprimées au lycée Pierre-de-Coubertin font écho à celles entendues dans de nombreux établissements depuis le début du mouvement.
À l’échelle nationale, les organisations lycéennes mettent notamment en avant les postes d’enseignants non pourvus, les professeurs absents ou non remplacés, la dégradation de certains bâtiments scolaires, les classes chargées et, plus largement, le manque de moyens accordés à l’éducation.
Ce vendredi, l’Union syndicale lycéenne réclame notamment un recrutement massif d’enseignants et un plan d’urgence concernant les bâtiments scolaires. Le ministre de l’Éducation nationale doit recevoir dans la journée des représentants lycéens et des parents d’élèves.
Les chiffres avancés par les élèves de Font-Romeu illustrent une partie de ces difficultés.
Selon les données du ministère de l’Éducation nationale, les classes des formations générales et technologiques des lycées comptaient en moyenne 30,2 élèves en 2025, contre 27,7 en 2010.
La question du recrutement des enseignants reste elle aussi sensible.
Lors des concours 2025 du second degré public, 90,9 % des postes proposés ont été pourvus. La situation varie cependant fortement selon les disciplines : seulement 74,4 % des postes ont été pourvus en mathématiques et 87,7 % en lettres modernes, selon les chiffres publiés par le ministère.
Des données nationales qui ne permettent évidemment pas, à elles seules, de décrire la situation précise du lycée Pierre-de-Coubertin, mais qui donnent un contexte aux inquiétudes exprimées par les élèves.
« Nous ne sommes pas ici pour juste bloquer »
C’est peut-être le passage le plus important de leur texte.
Les lycéens tiennent à expliquer le sens de leur mobilisation :
« Nous ne sommes pas ici pour juste bloquer. Nous sommes ici parce que nous voulons être entendus. »
Ils réclament « des professeurs en nombre suffisant », mais également « des bâtiments entretenus et adaptés ».
Et surtout, ils demandent que leur parole ne disparaisse pas derrière les seules images des incidents survenus ailleurs en France.
Cette distinction prend une importance particulière alors que le mouvement national s’est considérablement tendu ces derniers jours. Des violences, des dégradations et des agressions ont effectivement été constatées dans plusieurs villes, tandis que des centaines d’établissements sont touchés ou fermés ce vendredi. Mais, parallèlement, les revendications concernant les moyens de l’Éducation nationale continuent d’être portées par les lycéens mobilisés.
Professeurs non remplacés, bâtiments dégradés, classes surchargées, pression scolaire : ces demandes sont aujourd’hui formulées dans de nombreux établissements du pays.
À Font-Romeu, c’est précisément sur ce terrain que les élèves veulent placer le débat.
Derrière la colère, la question de l’avenir
Car au fond, leur texte parle moins de blocage que d’école.
Et moins de confrontation que d’avenir.
« Nous voulons que nos revendications soient prises au sérieux. Nous voulons pouvoir apprendre, réussir et préparer notre avenir dans des conditions dignes », écrivent les élèves.
Dans un lycée, où chaque heure de cours compte et où les élèves de terminale ont déjà les yeux tournés vers le bac et l’enseignement supérieur, la question des moyens disponibles prend une dimension très concrète.
Le message adressé par les élèves de Pierre-de-Coubertin à l’Éducation nationale tient finalement en quelques mots : les écouter sur ce qu’ils vivent quotidiennement dans leur établissement.
« Aujourd’hui, nous demandons une chose simple : que notre voix soit enfin entendue. »
Et leur texte se termine par une phrase qui résume à elle seule le sens qu’ils veulent donner à leur mobilisation :
Parce que l’éducation n’est pas un privilège. C’est un droit. »
©Photo : B.Z. pour Azinat.com TV


