À L’Hospitalet-près-l’Andorre, la décision de l’OPH de l’Ariège de démolir 21 logements sociaux suscite une vive incompréhension. Malgré une étude approfondie démontrant l’existence d’un besoin réel en logements, la commune n’a pas réussi à convaincre le bailleur social de rénover le bâtiment. Le maire, Arnaud Diaz, alerte sur les conséquences de ce choix pour les territoires de montagne, tandis que l’OPH met en avant les incertitudes techniques et financières liées à la réhabilitation.
Une étude complète dans le cadre de “Villages d’Avenir”
Dans le cadre du programme Villages d’Avenir, piloté par l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), la commune de L’Hospitalet-près-l’Andorre a conduit une étude approfondie visant à sécuriser et qualifier un projet d’acquisition et de réhabilitation des 21 logements appartenant à l’OPH de l’Ariège.
L’objectif était d’évaluer la faisabilité technique, financière et opérationnelle du projet, ainsi que sa pertinence au regard des besoins locaux et des enjeux de revitalisation du territoire. L’étude, financée avec l’appui du préfet de l’Ariège et de l’ANCT, a confirmé l’existence d’une demande locative réelle, à l’échelle communale, intercommunale et transfrontalière, notamment en lien avec les bassins d’emploi du Pas de la Case, d’Andorre et de la Haute Ariège.
Un projet techniquement possible, mais financièrement lourd
Le diagnostic du bâti a révélé un immeuble en bon état structurel, sans désordres majeurs. Les coûts de rénovation et de mise aux normes (énergétiques, accessibilité, sécurité) ont été estimés à environ 1 400 € HT par m². Si la réhabilitation apparaissait techniquement réalisable, elle représentait néanmoins une charge financière importante, avec une forte dépendance aux subventions publiques.
Pour la commune, il s’agissait d’une opération classique de logement social, qui relevait avant tout de la compétence et du portage d’un bailleur social, et non d’une petite collectivité de montagne.
Réhabiliter ou démolir : les incertitudes mises en avant par l’OPH
Du point de vue de l’OPH, la question ne se limite pas à une comparaison immédiate des coûts. Si la réhabilitation est souvent perçue comme moins onéreuse qu’une opération de démolition-reconstruction, certains chantiers peuvent réserver des surprises techniques et économiques importantes.
Des aléas peuvent apparaître en cours de travaux, entraînant des surcoûts difficiles à anticiper. Par ailleurs, même remis aux normes, certains bâtiments anciens génèrent des coûts d’entretien et d’exploitation supérieurs à ceux d’un immeuble neuf, notamment dans un contexte de montagne, à 1 450 mètres d’altitude, avec des contraintes climatiques fortes.
Un désaccord assumé par la commune
La décision de l’OPH, validée par son conseil d’administration, est respectée par la municipalité, mais elle n’est ni partagée ni comprise. La proposition de cession du bâtiment à l’euro symbolique a également été refusée. La commune gère déjà 30 logements et en gérera prochainement six supplémentaires dans le cadre de la construction de la brigade de gendarmerie. Avec 21 logements de plus, le parc communal atteindrait 57 logements, un niveau jugé incompatible avec ses moyens et sa vocation.
La mairie regrette également l’absence d’ouverture à l’exploration de solutions alternatives et à un travail partenarial approfondi, malgré l’étude menée localement.
Vivre et travailler à L’Hospitalet : une réalité de montagne
Pour le maire, le débat dépasse largement ce seul dossier. L’Hospitalet n’est ni enclavée ni isolée : la commune dispose d’une desserte ferroviaire, d’une route nationale, de commerces et de services de proximité, ainsi que d’une cinquantaine d’emplois directs. La crise du logement en Andorre et en Haute Ariège a par ailleurs des impacts concrets sur l’emploi, certains secteurs peinant à recruter faute de logements disponibles.
Oui, il est possible de vivre à L’Hospitalet. Comme dans de nombreux territoires de montagne, à condition de ne pas renoncer, par principe, à une offre de logements
Arnaud Diaz, Maire de l’Hospitalet-pres-l’Andorre
Une question politique plus large
En rendant publique la décision de l’OPH, la commune dit ne pas chercher la polémique, mais souhaite alerter sur ses conséquences pour les territoires de montagne. Pour Arnaud Diaz, cette situation pose une question de fond : quelle place accorde-t-on aux petites communes de montagne dans les politiques publiques locales et nationales, et dans les choix d’aménagement du territoire ?





