L’INVITÉ DE LA SEMAINE 🎙️ Après les éboulements qui ont coupé des axes majeurs vers l’Ariège, la commune de Porté-Puymorens traverse une crise sans précédent. Entre touristes bloqués, habitants isolés et inquiétudes climatiques, le maire Jean-Philippe Augé dénonce un manque d’anticipation et plaide pour une mobilisation durable autour des mobilités en montagne. Il est l’invité de la semaine d’Azinat.com TV
Une commune fragilisée par les éboulements
Commune frontalière entre les Pyrénées-Orientales et l’Ariège, Porté-Puymorens se retrouve aujourd’hui dans une situation critique après plusieurs éboulements ayant entraîné la fermeture d’axes routiers stratégiques. L’impact dépasse largement le cadre touristique.
On est face à un éboulement, phénomène naturel imprévisible, même si pendant 30 ans il n’y a pas eu d’investissement fait sur l’RN20, malgré les promesses électorales qui n’ont pas été tenues
Pour le maire Jean-Philippe Augé, la crise actuelle révèle une fragilité ancienne. Si le phénomène naturel reste imprévisible, il met en lumière un déficit d’investissement et une vulnérabilité structurelle des infrastructures de montagne.
Les conséquences sont immédiates : travailleurs empêchés de rejoindre l’Ariège, patients contraints de modifier leurs rendez-vous médicaux, familles isolées. Le quotidien des habitants est bouleversé.
Les naufragés du train…
Face à l’urgence, la municipalité a rapidement mis en place une navette entre la gare et le village, avec l’appui de la communauté de communes des Pyrénées-Cerdagne. Une mobilisation rendue possible grâce au volontariat local.
Mais la situation s’est aggravée avec la grève ferroviaire du week-end, laissant des voyageurs bloqués dans des conditions difficiles.
Je me suis retrouvé dans une situation à laquelle je n’aurais jamais cru me retrouver face à des gens en perdition, des naufragés du train.
Sous la neige et dans le froid, valises à la main, certains voyageurs se sont retrouvés livrés à eux-mêmes. Pour le maire, l’image est forte : la voie ferrée constitue désormais le « seul cordon ombilical » reliant la commune au versant ariégeois.
Des « oubliés » entre deux territoires
Située à la frontière administrative, la commune se sent parfois mise à l’écart des décisions. Les annonces concernant la durée des travaux ou les fermetures de routes sont souvent découvertes par voie de presse.
Si la Région Occitanie, présidée par Carole Delga, a renforcé l’offre ferroviaire avec des trains supplémentaires à bas coût, le maire estime que la sécurisation durable de la ligne SNCF est désormais une priorité absolue.
Car au-delà du tourisme hivernal — pourtant soutenu par un enneigement exceptionnel — c’est la vie quotidienne qui inquiète. Certains habitants doivent aujourd’hui prendre le train pour faire leurs courses. D’autres dorment dans leur voiture faute de correspondance fiable.
Repenser les mobilités en montagne
La crise actuelle pose une question plus large : celle de la mobilité en zone de montagne face au changement climatique. Alternance de sécheresses, pluviométrie intense, épisodes de gel et de redoux fragilisent les terrains.
Pour Jean-Philippe Augé, il faut regarder la situation dans sa globalité. Les éboulements ne sont pas des anomalies isolées, mais les symptômes d’un dérèglement climatique qui rend les infrastructures plus vulnérables.
Le réchauffement climatique, il nous saute à la figure dans des cas comme ça
Jean-Philippe Augé, Maire de Porté-Puymorens
Si l’homme ne peut pas tout anticiper, le maire appelle néanmoins à une réflexion collective sur l’investissement, la prévention et la solidarité territoriale. Car dans ces vallées enclavées, chaque axe de circulation est vital.
Une solidarité locale bien réelle
Malgré les difficultés, la commune s’organise : covoiturage spontané, gestion au cas par cas des situations urgentes, coopération entre maires de Cerdagne.
Porté-Puymorens reste ouverte et déterminée à accueillir ses visiteurs. Mais derrière l’image d’une station enneigée, c’est une réalité plus fragile qui s’impose : celle d’un territoire de montagne dont l’équilibre dépend d’infrastructures fiables.
La crise actuelle pourrait bien servir d’électrochoc. Reste à savoir si, cette fois, les investissements suivront les promesses.





