INVITÉ.E DE LA SEMAINE 🎙️ Au moment de partager la traditionnelle galette de début d’année, Vincent Perez, président de la CAPEB 09, dresse un état des lieux sans détour de l’artisanat du bâtiment en Ariège. Entre instabilité réglementaire, crise de la conjoncture et tensions autour du statut d’auto-entrepreneur, il appelle à des décisions rapides pour éviter l’asphyxie d’un secteur qu’il considère comme le socle de la vie locale. Il est notre invité.e de la semaine !
En ce début 2026, l’heure n’est pas aux grandes promesses. Pour Vincent Perez, président de la CAPEB 09, l’enjeu est d’abord de retrouver un cap clair.
« Ce qu’on peut espérer ? De la stabilité. Je pense que déjà, ce serait pas mal », résume-t-il.
MaPrimeRénov’, MaPrimeAdapt’, TVA, apprentissage… Les dispositifs évoluent sans cesse, et le budget de l’État, adopté via le 49-3, entretient l’incertitude. « Une règle du jeu qui soit définie », réclame-t-il. « Ce qu’on aimerait, c’est moins de compassion et un peu plus d’action. »
Pour les artisans, l’instabilité freine les projets et bloque les décisions. Les années électorales accentuent encore cet attentisme, alors que le marché, lui, continue de se contracter.
Le constat est sévère : « La conjoncture n’est pas bonne du tout, et elle s’empire. »
Une conjoncture dans le bâtiment qui s’aggrave en Ariège
Selon le président de la CAPEB, près de 10 % des entreprises du bâtiment ferment, souvent dans l’indifférence générale. Contrairement aux fermetures spectaculaires d’usines, ces cessations d’activité dispersées passent sous les radars. Pourtant, leurs conséquences sont profondes : disparition d’emplois, baisse du nombre d’apprentis, fragilisation des écoles et désertification des villages.
Dans un département comme l’Ariège, où des communes comme Pamiers ou Saverdun deviennent des zones résidentielles aux portes de Toulouse, le risque est celui de « villes-dortoirs ». « Si on perd les artisans, on perd le tissu économique local », alerte Vincent Perez.
La CAPEB 09 a d’ailleurs adressé un courrier à la présidente du conseil départemental pour proposer le lancement de grands projets capables de redynamiser le secteur. Un département peu endetté pourrait, selon lui, investir pour redonner confiance.
Marchés publics : défendre les artisans locaux
Dans un livre blanc rédigé en vue des municipales, la CAPEB plaide pour une utilisation plus souple des marchés publics.
En dessous de 100 000 euros, la loi autorise les marchés de gré à gré. Pourtant, de nombreux maires hésitent, craignant des reproches. Résultat : des appels d’offres remportés par de grandes entreprises qui sous-traitent ensuite en cascade.
« Les marges d’une grosse entreprise ne sont pas celles d’un artisan », rappelle Vincent Perez. Pour lui, privilégier les entreprises locales sur les petits marchés permettrait de maintenir l’emploi et la valeur sur le territoire.
Auto-entrepreneurs : un débat sensible
Autre sujet brûlant : le statut d’auto-entrepreneur. S’il reconnaît qu’il peut constituer un tremplin au démarrage, Vincent Perez estime qu’il crée des distorsions de concurrence dans le bâtiment.
Il plaide pour que tous soient soumis aux mêmes règles, notamment en matière de TVA. Selon lui, le gouvernement pourrait trouver des recettes fiscales en harmonisant les régimes.
Le sujet est sensible : lorsqu’une réforme a été évoquée, un lobbying intense a rapidement fait reculer l’exécutif. En Ariège, la députée Martine Froger avait tenté de porter le dossier avant de se mettre en retrait face aux pressions.
Au-delà de la concurrence, le président de la CAPEB pointe aussi un risque social : « L’auto-entrepreneur cotise peu. S’il cotise peu, il aura peu. Il est piégé par son propre système. »
La suppression des stages préalables à l’installation, autrefois obligatoires, a selon lui aggravé la situation en laissant de jeunes entrepreneurs sans formation aux bases de la gestion.
« L’artisanat, c’est la base de notre réalité »
Dans le bâtiment, rappelle-t-il, les contraintes sont nombreuses : caisse spécifique des congés payés, normes techniques strictes, obligations sociales… Autant d’éléments qui nécessitent stabilité et visibilité.
« Quand 10 % des entreprises ferment, on n’en parle pas. Pourtant, l’artisanat, c’est la base de notre réalité », insiste-t-il. Dans certains villages, le plombier ou le maçon reste parfois l’un des derniers acteurs économiques présents au quotidien.
Malgré tout, le président de la CAPEB 09 veut rester constructif : « On a toujours des solutions pour les artisans, et la porte est ouverte à tout le monde. Y compris aux auto-entrepreneurs, pour leur expliquer où ils mettent les pieds. »
En ce début 2026, le message est clair : sans décisions rapides et cohérentes, l’artisanat du bâtiment en Ariège pourrait continuer à s’éroder. Avec, à la clé, bien plus qu’un simple recul économique : un affaiblissement du lien social et de la vitalité des territoires ruraux.




