INTERVIEW & VIDEO 🎙️Malgré la convivialité retrouvée de la foire de Tarascon-sur-Ariège, les éleveurs de Haute-Ariège ont rappelé avec force les difficultés qui fragilisent aujourd’hui l’agriculture de montagne. Entre prédation, crise morale et inquiétudes pour l’avenir des estives, la manifestation a pris cette année une dimension particulièrement symbolique.
Sur la foire de Tarascon-sur-Ariège, les sourires étaient bien là, les visiteurs aussi. Mais derrière l’ambiance festive de la foire agricole, les discussions revenaient inlassablement vers les mêmes inquiétudes : la prédation, les difficultés du métier d’éleveur et l’avenir même des montagnes ariégeoises.
Éleveur de brebis tarasconaises, de vaches gasconnes et de chevaux, Mathieu Fournier reconnaît d’abord l’importance de ces retrouvailles : « Ça fait du bien de se retrouver en tant qu’agriculteur. » Cette édition particulière, où seules des brebis étaient présentes sur la foire ce jour là, a néanmoins permis de maintenir un rendez-vous attendu du territoire. « On a fait en sorte qu’il y ait du nombre, que ça soit joli », explique-t-il, évoquant également le concours ovin organisé dans la matinée et la présence de quelques vaches gasconnes le lendemain destinées aux circuits de consommation locale.
On est là, on s’amuse, on rigole à la foire de Tarascon, mais il ne faut pas oublier ce qui se passe à côté
Mais derrière la satisfaction de maintenir la foire, le malaise reste profond. Quelques heures avant l’événement, une nouvelle attaque sur un troupeau est venue rappeler la tension permanente vécue dans les estives. Président d’un groupement pastoral au-dessus de Tarascon, Mathieu Fournier raconte « une nuit de prédation » survenue entre le 30 avril et le 1er mai. « On est là, on s’amuse, on rigole à la foire de Tarascon, mais il ne faut pas oublier ce qui se passe à côté », souffle-t-il avec gravité.
Pour l’éleveur, l’enjeu dépasse désormais le simple cadre agricole. « Il faut que les gens sachent et arrivent à comprendre que l’élevage de montagne entretient les paysages. Si on n’a plus les animaux, on n’a plus de montagne, on n’a plus de tourisme. » Une inquiétude qu’il résume par une phrase lourde de sens : « Si on continue comme ça, dans dix ans tout est fini. »
Si on continue comme ça, dans dix ans tout est fini !
Le sujet de la présence de l’ours dans les Pyrénées reste au cœur des tensions. Mathieu Fournier critique ouvertement les choix opérés ces dernières années autour des réintroductions, dénonçant « une erreur politique et technique » et estimant que « les ours slovènes n’ont pas leur place ici ».
À ses côtés, Bastien Pitarresi, adjoint au maire chargé de la jeunesse et des sports à la mairie de Tarascon-sur-Ariège, insiste sur le choc vécu cet hiver par le monde agricole local. Il revient notamment sur la mobilisation des éleveurs lors des actions menées sur le rond-point de Sabart. « Ça a été très compliqué de remonter le moral à nos agriculteurs », explique-t-il. « C’est quand même leur vie qui se joue. »
Selon l’élu, cette crise a toutefois permis de recréer une solidarité forte sur le territoire : « Ils ont réussi à régénérer une solidarité rarement vue ici depuis l’époque industrielle. » Mais convaincre les éleveurs de maintenir la foire n’a pas été simple. « Quand nous sommes arrivés ce soir-là avec le maire, beaucoup ne voulaient plus repartir sur une foire. Il a fallu se remotiver ensemble et montrer à la population ce qu’il en était réellement. »
Cette volonté pédagogique était visible tout au long de la manifestation. Faute de pouvoir présenter autant de bêtes qu’espéré, les éleveurs ont organisé des expositions mettant à l’honneur les races locales et les savoir-faire pastoraux. Entre les espaces institutionnels, les stands de restauration et les zones d’exposition animale, la foire a ainsi pris des allures de vitrine du monde agricole ariégeois.
Pour Bastien Pitarresi, le message est clair : l’agriculture de montagne ne peut être dissociée de l’identité du territoire. « Les montagnes ici, c’est notre environnement, c’est notre pays, c’est ici que l’on vit », rappelle-t-il. Et derrière le mot “éleveur”, il y a une multitude de métiers : « Un matin, ils sont vétérinaires, deux heures après comptables, puis encore vétérinaires. »
L’élu appelle surtout à écouter davantage « les vrais experts du terrain ». « Ce ne sont pas les autorités qui savent le mieux, ce sont eux. Le jour où ils ne seront plus là, c’est un pays entier qui se laissera mourir. »






