REPORTAGE 🎙️À Saint-Jean-de-Verges, près de Foix, le site d’Enedis offre un exemple concret de ce que peut être l’intégration de la biodiversité dans un projet immobilier professionnel. Haies préservées, prairies fleuries, nichoirs, refuges pour la petite faune ou encore vergers : grâce à un travail mené avec le Conservatoire d’espaces naturels d’Ariège (ANA-CEN Ariège) et le promoteur Essor, le site a été pensé pour concilier activités humaines et préservation du vivant. Une démarche qui pourrait inspirer d’autres projets d’aménagement sur le territoire.
Un site professionnel pensé avec la nature, et non contre elle
À première vue, le site Enedis de Saint-Jean-de-Verges ressemble à un ensemble classique de bâtiments administratifs et d’espaces de stockage nécessaires aux activités du gestionnaire du réseau de distribution d’électricité. Mais en y regardant de plus près, la nature y occupe une place qui ne doit rien au hasard.
Dès la conception du projet, le promoteur Essor et Enedis ont fait appel à l’expertise de l’ANA – Conservatoire d’espaces naturels d’Ariège pour intégrer les enjeux de biodiversité à la construction.
« Nous sommes partis d’une feuille blanche, une prairie, une grande haie magnifique. Et le projet, c’était de construire l’ensemble des bâtiments administratifs d’Enedis, mais également les zones de stockage », explique Vincent Lacaze, de l’ANA-CEN Ariège.
Plutôt que de faire table rase de l’existant, les partenaires ont choisi de conserver les éléments naturels les plus intéressants, à commencer par une grande haie déjà présente sur le terrain.
« Nous avons travaillé avec Essor et l’équipe Enedis pour préserver au maximum la biodiversité dans le projet de travaux. Nous avons proposé de conserver intégralement cette magnifique haie et nous avons travaillé à intégrer la biodiversité au sein même du projet. »
Une approche qui a guidé les choix d’aménagement, bien au-delà de la simple plantation de quelques arbres après les travaux.
Nichoirs, hérissons, reptiles et prairies fleuries : des aménagements très concrets
Sur le site, les initiatives en faveur de la biodiversité sont nombreuses. Des nichoirs ont été installés pour accueillir les oiseaux, des gîtes ont été aménagés pour les reptiles et les hérissons, et les espaces herbacés ont été préservés ou recréés.
La revégétalisation a également fait l’objet d’une attention particulière, avec une priorité donnée aux espèces locales et à des végétaux issus, autant que possible, de la démarche Végétal local.
« On a recréé des espaces de prairies fleuries. Pour agrémenter le tout et améliorer le site, on a installé des vergers, on a installé des petits fruits », détaille Vincent Lacaze.
Des plantations qui présentent un double intérêt : offrir des ressources et des habitats à la faune tout en améliorant le cadre de travail des salariés.
« Ce projet d’installer des vergers et des petits fruits régale autant la biodiversité que les agents d’Enedis », résume-t-il avec le sourire.
Ici, la biodiversité n’est donc pas seulement envisagée comme une contrainte réglementaire à respecter, mais comme une composante à part entière du projet d’aménagement.
Une politique biodiversité qui dépasse les limites du site
Pour Nicolas Desmalade, représentant d’Enedis, Saint-Jean-de-Verges illustre une ambition plus large portée par l’entreprise.
« C’est un très bon exemple de la politique biodiversité, une belle illustration de cette politique d’Enedis », souligne-t-il.
Cette stratégie, mise en place fin 2025 selon Nicolas Desmalade, vise à réduire les impacts négatifs des activités de l’entreprise sur les milieux naturels, tout en renforçant les actions susceptibles d’avoir des effets positifs sur la biodiversité.
Le partenariat avec le Conservatoire d’espaces naturels d’Ariège ne se limite d’ailleurs pas à l’aménagement des bâtiments.
Il concerne notamment la gestion de la végétation sous les lignes électriques, avec des opérations de réouverture de milieux et des pratiques d’entretien cherchant à mieux prendre en compte les écosystèmes.
Autre sujet important : la protection de l’avifaune. Le CEN accompagne Enedis dans l’identification des secteurs sensibles et le choix des dispositifs de protection destinés à limiter les collisions d’oiseaux avec les lignes électriques.
Une coopération qui permet de faire dialoguer les impératifs techniques liés à la distribution d’électricité et les connaissances naturalistes du territoire.
Sensibiliser les salariés pour faire vivre le projet
Au-delà des aménagements, la démarche repose également sur la sensibilisation des équipes.
Le Conservatoire d’espaces naturels d’Ariège intervient auprès des agents d’Enedis pour expliquer les choix réalisés sur le site et leur intérêt écologique.
Pourquoi avoir conservé tel arbre ? Pourquoi avoir choisi telle espèce végétale ? À quoi sert ce nichoir ? Comment les eaux sont-elles traitées ?
Autant de questions abordées directement sur le terrain, permettant aux salariés de mieux comprendre l’environnement dans lequel ils travaillent.
« L’intégration environnementale de ce site est vraiment une réussite et tous les agents sont vraiment super satisfaits de ce lieu de travail et de cette conservation des espaces naturels », témoigne Nicolas Desmalade.
Une manière aussi de rappeler que la préservation de la biodiversité ne se joue pas uniquement dans les espaces naturels protégés, mais également dans les lieux de travail et les zones d’activités.
Une démarche déjà évoquée au Festival Ariège Grandeur Nature
Cette collaboration entre Enedis et les acteurs ariégeois de la biodiversité n’est pas nouvelle pour les lecteurs d’Azinat.com.
Nous avions déjà abordé cette thématique à l’occasion du Festival Ariège Grandeur Nature, dans un précédent reportage consacré à l’engagement d’Enedis en faveur de la biodiversité ariégeoise : « Festival Ariège Grandeur Nature : Enedis, partenaire de la biodiversité ariégeoise ».
Cette fois, la visite du site de Saint-Jean-de-Verges permet de découvrir comment cet engagement se traduit concrètement dans l’aménagement et le fonctionnement quotidien d’un site professionnel.
Un exemple à suivre pour les futures zones d’activités en Ariège ?
Pour Vincent Lacaze, cette expérience pourrait faire école bien au-delà des installations d’Enedis.
« On peut estimer que c’est un site modèle et un site précurseur pour l’Ariège », estime-t-il.
L’ANA-CEN Ariège accompagne aujourd’hui d’autres projets et souhaite encourager les collectivités, aménageurs et entreprises à intégrer les enjeux de biodiversité dès les premières réflexions sur leurs constructions.
« On espère pouvoir accompagner toutes les collectivités ou tous les porteurs de projets à avoir la même réflexion qu’a pu avoir Enedis : intégrer la biodiversité dans la construction de bâtiments, dans la construction de zones artisanales. »
À l’heure où les questions d’artificialisation des sols, de préservation des habitats naturels et d’adaptation des aménagements prennent une importance croissante, le site de Saint-Jean-de-Verges montre qu’une autre façon de concevoir les espaces professionnels est possible.
Et si les zones d’activités de demain devenaient aussi des lieux d’accueil pour la biodiversité ?


