Samedi 21 février 2026, la ville de Pamiers a dévoilé une plaque commémorative au parc municipal en hommage à Concepción Faya Blasquez, cette Appaméenne d’origine espagnole qui, au péril de sa vie, cacha une famille juive sous son toit durant l’Occupation. Une cérémonie émouvante, inscrite dans un vaste programme régional de lutte contre l’antisémitisme et toutes les formes de discrimination.
Une femme de courage dans les heures les plus sombres

Née à Murcie en 1905, Concepción Faya Blasquez s’installe à Pamiers dès 1926, où elle fonde une famille et travaille dans une usine de confection. La guerre civile espagnole emporte son mari, combattant républicain. Devenue veuve, elle rentre en Ariège avec ses quatre enfants.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, elle est internée au camp de Rivesaltes avec d’autres ressortissants espagnols, avant d’être transférée au camp de Gurs en novembre 1942. C’est là qu’elle rencontre Élise Mizrahi et ses deux enfants, Gisèle et Jacques — une famille juive dont le père a été arrêté à Paris par la police française en juillet 1942, puis déporté vers l’Est, d’où il ne reviendra jamais. Une amitié profonde naît entre les deux femmes.
Onze personnes sous un même toit, six sous de fausses identités
Libérée en mai 1943, Concepción n’hésite pas. Alors que le sud de la France est occupé par l’armée allemande, elle accueille immédiatement Élise et ses enfants dans son modeste appartement de deux pièces, rue de la Sous-Préfecture à Pamiers. Elle franchit même la ligne de démarcation pour aller chercher, sous de fausses identités, Maurice et Régine Moreno, neveux d’Élise dont les parents ont été déportés.
En mars 1944, Élise donne naissance à son troisième enfant, Michel. Onze personnes se retrouvent alors à vivre dans ce petit appartement, dont six sous de fausses identités. Pour préserver la famille, Concepción présente les enfants Mizrahi comme ses neveux parisiens. Tous assistent à la messe chaque dimanche pour ne pas éveiller les soupçons. Les Mizrahi resteront cachés chez elle jusqu’à la Libération.
Concepción était une femme calme, merveilleuse et courageuse, à qui nous devons la vie.
Maurice et Régine Moreno
La reconnaissance, à titre posthume
Le 25 mai 2011, Yad Vashem — l’Institut international pour la mémoire de la Shoah, à Jérusalem — a reconnu Concepción Faya (née Blasquez) comme Juste parmi les Nations. Son nom est désormais gravé sur le mémorial de Yad Vashem. Le 11 avril 2013, le maire de Pamiers André Trigano lui avait remis à titre posthume la médaille d’honneur et le diplôme de Juste, reçus par sa fille Angèle Debeaume Faya, en présence du consul d’Israël à Marseille et du délégué régional du Comité français pour Yad Vashem.
Sur la médaille, une phrase du Talmud : “Quiconque sauve une vie, sauve l’univers tout entier.” Des mots qui résument à eux seuls l’acte de cette femme ordinaire au destin extraordinaire.
Ma mère était courageuse, elle a fait son devoir, nous sommes là aujourd’hui pour elle et cette reconnaissance nous va droit au coeur. Je tiens à remercier Maurice Moreno d’avoir instruit le dossier qui honore aujourd’hui notre mère. Cet instant présent a valeur éducative et morale.
Angèle Debeaume Faya
Une cérémonie portée par la Région Occitanie
La cérémonie de samedi dernier s’inscrit dans le plan régional d’actions contre le racisme et l’antisémitisme porté par la Région Occitanie, en partenariat avec le Comité Français pour Yad Vashem. Pas moins de 80 communes d’Occitanie ont accepté d’accueillir des cérémonies similaires, dont cinq en Ariège : Aulus-les-Bains, Carla-Bayle, Montégut-Plantaurel, Pamiers et Saint-Girons.
La présidente de la Région, Carole Delga, a rappelé l’urgence de ce travail de mémoire : face à la recrudescence des actes antisémites et des discours de haine, transmettre l’exemple des Justes aux jeunes générations est, selon elle, “un devoir collectif”. En France, plus de 4 000 Justes ont été reconnus, dont 581 en Occitanie.
Source : Mairie de Pamiers




