INVITÉ.E DE LA SEMAINE 🎙️Incendies, chaleur, sécheresse, ressource en eau : l’été a une nouvelle fois rappelé que le changement climatique n’était plus une perspective lointaine. Invitée d’Azinat.com TV pour un podcast de rentrée, Christine Téqui, présidente du Conseil départemental de l’Ariège, fait le point avec Éric d’Azinat.com TV sur les réponses apportées par le Département. Pompiers, collèges, énergie, Montbel et services de proximité : à deux tiers du mandat, l’heure est désormais à la concrétisation.
Il y a des rentrées plus tranquilles que d’autres. Celle-ci intervient après un été où les incendies, la chaleur et les tensions sur la ressource en eau ont encore occupé les esprits.
L’Ariège n’a certes pas connu les situations dramatiques observées dans d’autres départements, mais elle n’est plus tout à fait à l’abri derrière son image de territoire vert, humide et montagnard. Les rivières baissent, les périodes sèches s’allongent et le risque incendie évolue.
Pour Christine Téqui, cette situation vient surtout confirmer une transformation déjà engagée.
Depuis le début du mandat, rappelle la présidente du Conseil départemental, les crises se sont succédé : sanitaire d’abord, géopolitique et énergétique ensuite, climatique enfin, avec des effets aujourd’hui beaucoup plus visibles.
À deux tiers du mandat, elle veut donc faire de cette rentrée un moment de bascule : celui où les projets annoncés commencent véritablement à sortir de terre. « On rentre dans le dur », résume-t-elle en évoquant les engagements pris en 2021.
Pompiers : après l’urgence, penser prévention
Impossible de revenir sur l’été sans parler des sapeurs-pompiers.
Les équipes ariégeoises ont été mobilisées sur le territoire mais aussi en renfort ailleurs, illustration d’une solidarité entre départements à laquelle Christine Téqui se dit particulièrement attachée.
Le Département a renforcé depuis plusieurs années son soutien au SDIS, avec environ 250 000 euros supplémentaires chaque année, notamment pour conforter les équipes de terrain, soutenir le volontariat et accompagner les investissements dans les casernes.
Mais face à l’évolution du risque, la réponse ne peut pas se limiter aux moyens de lutte contre les flammes.
Débroussaillage, entretien des bords de route, élagage, sensibilisation aux comportements à risque : la prévention devient centrale. Et Christine Téqui remet également en avant un outil parfois oublié : le pastoralisme.
Maintenir des troupeaux et des espaces pastoraux, c’est aussi entretenir la montagne et limiter les surfaces susceptibles d’alimenter un incendie. Un enjeu d’autant plus important que la forêt et la montagne ariégeoises sont parfois difficiles d’accès. Quand le feu démarre dans ces secteurs, intervenir devient plus compliqué. Mieux vaut donc, autant que possible, agir avant.
Dans les collèges, s’adapter à la chaleur sans tout climatiser
Autre signal particulièrement visible cette année : la chaleur est arrivée tôt, jusque pendant les périodes scolaires et d’examens.
Faut-il alors climatiser les collèges ? La réponse départementale est plutôt : commençons par mieux les isoler.
Christine Téqui insiste sur le fait que cette politique ne date pas du dernier épisode de chaleur. Dès 2021, une réflexion prospective sur la transition énergétique avait été engagée, avec comme priorité l’adaptation des bâtiments départementaux, et notamment des collèges. Après plusieurs établissements déjà concernés, les travaux se poursuivent notamment au collège Victor-Hugo de Lavelanet, avec de l’isolation extérieure et des interventions sur les menuiseries.
À Pamiers, une autre voie est expérimentée : une toiture photovoltaïque doit permettre au bâtiment de produire une partie de l’énergie qu’il consomme. Si le bilan est concluant, le principe pourra être reproduit ailleurs. Et l’adaptation passe aussi par les cours de récréation et les îlots de fraîcheur, avec une particularité : les élèves sont directement associés à la réflexion par l’intermédiaire des éco-délégués.
« Ça vient du terrain », souligne Christine Téqui. Les propositions des jeunes peuvent ainsi intégrer la programmation des travaux, avec la volonté de leur donner rapidement une traduction concrète.
La sobriété avant la technologie
Sur l’énergie, la présidente du Département défend une méthode assez simple : avant de chercher à produire davantage ou à installer de nouveaux équipements, il faut commencer par consommer moins.
Elle prend pour exemple un bâtiment départemental isolé par l’extérieur, où les économies d’énergie auraient atteint 50 %, sans climatisation.
Une expérience qui sert désormais de référence pour les collèges et plus largement pour le patrimoine départemental.
Cette politique concerne aussi les communes. Le fonds départemental consacré à la transition énergétique, doté de 500 000 euros en 2021, atteint aujourd’hui 700 000 euros.
L’objectif n’est pas, explique Christine Téqui, de donner des leçons aux collectivités mais de les inciter à engager leurs propres transformations : sobriété d’un côté, efficacité énergétique de l’autre.
Le Département entend également pousser davantage l’utilisation des éco-matériaux dans ses marchés publics.
« C’est du concret », résume Éric d’Azinat.com TV au cours de l’entretien.
« C’est du concret », lui répond la présidente.
Montbel : quand l’eau devient le dossier stratégique
Et puis il y a l’eau.
Probablement le dossier qui résume le mieux les transformations auxquelles l’Ariège va devoir faire face.
Dans un département longtemps habitué à voir couler rivières et ruisseaux, la répétition des sécheresses modifie progressivement la perception de la ressource.
Au centre de cette stratégie se trouve évidemment Montbel, avec ses quelque 60 millions de mètres cubes d’eau à sécuriser. Mais derrière un lac se cachent plusieurs usages : alimentation en eau potable, soutien des cours d’eau lorsque leur niveau est au plus bas, irrigation agricole…
Pour Christine Téqui, la question ne peut donc pas être résumée à une bataille entre utilisateurs. Il faut au contraire organiser le partage. C’est tout le rôle du SAGE, qu’elle décrit très simplement comme un « parlement de l’eau » : élus, syndicats de rivières, associations environnementales, citoyens et usagers y sont représentés afin de rechercher des compromis.
Car les situations deviennent paradoxales : certains mois, le territoire peut avoir trop d’eau ; quelques mois plus tard, il peut en manquer.
La logique consiste donc à pouvoir prendre l’eau lorsqu’elle est abondante et la restituer lorsqu’elle devient rare.
L’adducteur entre enfin dans sa phase de travaux
Sur ce dossier, Christine Téqui annonce surtout le passage à une nouvelle étape. Après les études, les discussions sur le tracé, les conventions de passage avec les propriétaires et l’enquête publique, l’arrêté préfectoral a été signé durant l’été. Les travaux de l’adducteur doivent donc désormais pouvoir commencer.
Un projet long à mettre en œuvre, reconnaît-elle, mais également lourd financièrement.
Selon la présidente, il est financé à 70 %, avec notamment le soutien de la Région Occitanie et de l’Agence de l’eau.
L’enjeu dépasse d’ailleurs les seules frontières ariégeoises : les lâchers d’eau participent au soutien des cours d’eau en aval, jusqu’à la Garonne, tandis qu’une partie de la ressource rejoint également la Ganguise et contribue aux équilibres hydriques de territoires voisins.
« On ne fait pas d’agriculture sans eau »
Reste une question particulièrement sensible : qui doit faire des efforts ?
Sur ce terrain, Christine Téqui refuse de faire des agriculteurs les seuls responsables de la consommation d’eau. Elle rappelle qu’ils avaient eux-mêmes décidé l’année précédente de réduire de moitié les volumes consacrés à l’irrigation.
Et pose une évidence : « On ne fait pas d’agriculture sans eau. »
L’eau sert à l’agriculture, mais aussi à boire, à se laver, à alimenter certaines activités économiques ou à préserver le fonctionnement biologique des rivières. D’où cette volonté de revenir sans cesse à la même idée : trouver un équilibre entre les usages plutôt que désigner un responsable unique.
L’Infobus ou le Département qui vient au village
Pour terminer ce tour d’horizon, changement d’échelle.
Pas de millions de mètres cubes d’eau ni de grands travaux, mais un minibus.
Le nouveau venu de cette rentrée s’appelle l’Infobus. Sa mission : aller directement à la rencontre des Ariégeois, notamment sur les marchés et dans les villages, pour informer, orienter et accompagner.
À bord, connexion internet, ordinateurs et trois ou quatre médiateurs capables de prendre en charge une demande et d’en assurer le suivi.
Et si la question posée ne relève pas du Département ?
« Peu importe », répond en substance Christine Téqui : l’objectif sera d’orienter la personne vers le bon interlocuteur. Une sorte de guichet départemental itinérant, pensé pour un territoire où la proximité avec les services publics reste un enjeu quotidien. Le dispositif doit fonctionner à titre expérimental pendant un an avant d’être évalué.
Une Ariège qui doit apprendre à vivre autrement
Au fond, derrière la diversité des sujets abordés pendant cette rentrée, une même question revient : comment adapter l’Ariège à un monde qui change plus vite que prévu ?
Les incendies interrogent l’entretien de la montagne. La chaleur oblige à repenser les collèges. Le prix de l’énergie pousse à isoler les bâtiments. La sécheresse transforme Montbel en infrastructure stratégique. Et l’éloignement des services publics fait reprendre la route à un minibus départemental.
Il ne s’agit plus seulement de gérer une crise après l’autre.
Il s’agit désormais d’organiser le territoire en considérant que certaines de ces crises pourraient devenir la nouvelle normalité. Et c’est probablement le principal message politique de cette rentrée départementale : après le temps de l’anticipation vient celui de l’adaptation — et, surtout, celui des réalisations.



