INTERVIEW 🎙️ À l’occasion de la Fête paysanne organisée le 3 octobre dernier à La Bastide-de-Sérou par la Confédération paysanne de l’Ariège et l’ADEAR, rencontre avec Mathias Chevillon, du bureau de la Confédération Paysanne de l’Ariège, notre invité de la semaine.
La Fête paysanne s’est d’abord voulue un moment d’échange et de convivialité autour du marché, d’ateliers, d’un repas et une soirée musicale : un temps pour renouer le dialogue entre agriculteurs, habitants et consommateurs, comme déjà évoqué dans ces colonnes. Mais elle a voulu également provoquer, susciter une réflexion collective et replacer l’alimentation et les modes de production au cœur du débat territorial. Mathias Chevillon, membre du bureau de la Confédération Paysanne de l’Ariège (et membre de la commission climat au niveau national) s’est prêté in situ au difficile exercice de revenir sur les difficultés et problématiques auxquelles font face les paysans d’Ariège. Canicule, sécheresse, grêle, restrictions d’eau : l’été 2026 a placé de nombreuses fermes ariégeoises sous forte tension. Dans les élevages, le manque d’herbe et d’eau a accéléré la descente des troupeaux d’estive et a conduit à vendre, moins chers, des animaux, non encore à maturité, faute de ressources suffisantes. Les conséquences dépassent les seules pertes de production. À l’achat de fourrage devenu rare et coûteux s’ajoutent des cultures d’automne difficiles à implanter, des journées de travail modifiées, une trésorerie fragilisée et, parfois pour certains, la décision d’arrêter.
Adapter les fermes, repenser les solidarités
Face à des épisodes plus longs et plus intenses, les pratiques agro-écologiques déjà engagées montrent leur utilité, mais aussi leurs limites. Cette journée d’échanges s’est donc évertuée à réfléchir à un modèle-agro-écologique pour faire face aux aléas, nombreux, du dérèglement climatique : la gestion et le partage de l’eau, l’hydrologie régénérative, l’évolution des cultures, des cheptels et des calendriers de travail. Elle a aussi touché aux habitudes alimentaires et aux débouchés : adapter les productions suppose que les filières, les consommateurs et les territoires évoluent de concert.
Au-delà des réponses techniques, de nombreuses craintes ont émergées sur les mécanismes de soutien. Plusieurs productions, notamment le maraîchage, l’arboriculture et l’apiculture, sont décrites comme insuffisamment couvertes par le système « assurantiel ». L’idée d’un fonds mutuel et solidaire est avancée, tandis que l’accès aux aides, la place des petites fermes et la cohérence des politiques publiques sont questionnées. Partir des expériences vécues pour dégager des pistes locales et collectives d’actions, doit prévaloir dans l’esprit de la Confédération Paysanne, sur les simples injonctions à la « résilience ». Au-delà des échanges et débats cette journée se voulait, malgré tout, une fête paysanne occasion de valoriser des pratiques respectueuses des terres et des hommes, de régénération des liens distendus durant les différentes crises estivales traversées. Même si les paysans, eux, on l’a compris, ne sont pas à la fête.
A l’image : Mathias Chevillon, membre du bureau de la Confédération Paysanne de l’Ariège aux côtés de Guillaume Nuti, co-porte-parole de la Confédération paysanne de l’Ariège


