Face au projet gouvernemental de transférer une partie du financement des cures thermales vers les complémentaires santé, les sénateurs Jean-Jacques Michau (Ariège) et Lauriane Josende (Pyrénées-Orientales) montent au créneau. Avec près de 60 parlementaires issus de 42 départements thermaux, ils demandent au Premier ministre de renoncer à cette mesure, qui pourrait fragiliser l’accès aux soins et l’économie des stations thermales pyrénéennes.
Une mobilisation nationale portée aussi par les sénateurs pyrénéens
Le mercredi 28 octobre 2026, près de 60 sénateurs issus de 42 départements thermaux ont engagé une démarche commune pour défendre l’avenir du thermalisme français.
À l’initiative du sénateur Jean-Marc Boyer, une motion a été adressée au Premier ministre afin de demander l’abandon d’un projet prévoyant le transfert de 200 millions d’euros de dépenses de cures thermales de l’Assurance maladie vers les complémentaires santé.
Cette mobilisation transpartisane rassemble notamment Jean-Jacques Michau, sénateur de l’Ariège, ainsi que Lauriane Josende et Jean Sol, sénateurs des Pyrénées-Orientales.
La question a également été portée au Sénat par Jean-Marc Boyer, qui a interpellé la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, lors des Questions d’actualité au Gouvernement.
Pour les parlementaires mobilisés, une telle réforme risquerait de pénaliser les patients tout en mettant en difficulté une activité économique essentielle à plusieurs territoires ruraux et montagnards.
En Ariège, Jean-Jacques Michau défend trois stations thermales
Le sénateur ariégeois Jean-Jacques Michau s’inquiète particulièrement des conséquences que pourrait avoir cette réforme pour les stations d’Ax-les-Thermes, Ussat-les-Bains et Aulus-les-Bains.
Ces trois communes s’appuient sur une tradition thermale ancienne, qui contribue à leur attractivité et à l’activité économique locale.
Au-delà des établissements de soins, le thermalisme fait vivre tout un tissu de commerces, d’hébergements, de restaurants et de services. Une éventuelle diminution de la fréquentation des curistes pourrait donc avoir des répercussions bien au-delà des seuls centres thermaux.
Jean-Jacques Michau demande au Gouvernement de maintenir les modalités actuelles de remboursement jusqu’à la publication des conclusions de la Haute Autorité de santé (HAS), chargée d’évaluer le service médical rendu par les cures thermales.
Le sénateur réclame également une véritable concertation avec les professionnels de santé, les collectivités, les représentants des patients et les acteurs de la filière.
Pour lui, l’avenir du thermalisme ne peut être décidé sans prendre en compte les réalités économiques et sanitaires des territoires concernés.
Dans les Pyrénées-Orientales, Lauriane Josende alerte sur l’emploi et l’accès aux soins
Même préoccupation dans les Pyrénées-Orientales, où la sénatrice Lauriane Josende s’est associée à la mobilisation nationale, aux côtés de son collègue Jean Sol.
La parlementaire rappelle que le département compte cinq communes thermales, dont l’activité représente environ 600 emplois directs, sans compter les retombées pour les commerces et les services de proximité. (dont Vernet-les-Bains dans le Haut-Conflent et Molitg-les-Bains dans le Conflent) (Nota : on notera que les bains de Dorres, de Llo et Saint-Thomas ne sont pas concernés car non conventionnés)
Un enjeu important pour les territoires de montagne des Pyrénées catalanes, notamment en Cerdagne, où le thermalisme participe à l’économie locale.
Si le Capcir ne dispose pas lui-même d’une station thermale comparable, les questions d’accès aux soins et de vitalité économique des territoires de montagne concernent également ses habitants.
Lauriane Josende avait déjà engagé plusieurs démarches sur ce dossier, notamment en écrivant à la ministre de la Santé pour demander l’abandon du projet de décret et en alertant Philippe Mouiller, président de la commission des affaires sociales du Sénat.
Elle rappelle également s’être opposée, dès 2025, à une mesure similaire.
« Avec mes collègues sénateurs, nous sommes pleinement mobilisés contre cette mesure qui menacerait l’accès aux soins et l’avenir économique de nos territoires. Nous demandons au Gouvernement d’y renoncer et d’attendre les conclusions de la Haute Autorité de santé avant toute décision », déclare la sénatrice des Pyrénées-Orientales.
Des inquiétudes pour les patients et les malades chroniques
Au-delà des conséquences économiques, les sénateurs dénoncent un risque d’inégalité dans l’accès aux cures thermales. En transférant une partie du financement vers les complémentaires santé, le niveau de prise en charge pourrait davantage dépendre des contrats souscrits et des ressources financières des patients.
Les parlementaires craignent notamment que certaines personnes atteintes de maladies chroniques renoncent à des cures prescrites par leur médecin en raison d’un reste à charge devenu trop important. Ils contestent également la méthode envisagée par le Gouvernement.
En effet, la Haute Autorité de santé a été saisie pour évaluer l’intérêt médical des cures thermales, mais ses conclusions définitives ne sont pas encore connues.
Pour Jean-Jacques Michau comme pour Lauriane Josende, il serait prématuré de modifier le financement de ces soins avant de disposer de cette évaluation scientifique.
Une demande commune au Premier ministre
À travers cette mobilisation, les sénateurs des départements thermaux demandent au Gouvernement de préserver les conditions actuelles de prise en charge, d’attendre les conclusions de la HAS et d’engager une concertation avec l’ensemble des acteurs concernés.
Ils souhaitent également qu’une délégation de parlementaires et de représentants de la filière thermale puisse être reçue rapidement par le Premier ministre. Pour les Pyrénées, l’enjeu dépasse largement la seule question du remboursement des cures.
D’Ax-les-Thermes à Aulus-les-Bains, d’Ussat-les-Bains aux stations des Pyrénées-Orientales, le thermalisme constitue à la fois une offre de soins, un facteur d’attractivité et une activité économique structurante pour les territoires de montagne.
La mobilisation de Jean-Jacques Michau et de Lauriane Josende traduit ainsi une préoccupation commune : éviter qu’une réforme du financement des cures thermales ne fragilise davantage des territoires ruraux et montagnards déjà confrontés à de nombreux défis.
Reste désormais à connaître la réponse du Gouvernement et les conclusions de la Haute Autorité de santé, qui devraient peser dans les décisions à venir sur l’avenir du thermalisme français.


