INTERVIEW & VIDEO 🎙️Installés depuis près de quatre ans à Porté-Puymorens, Valérie Marti et son mari Frédéric ont repris le Castel Isard pour en faire à la fois un restaurant chaleureux et un hébergement de type refuge classé trois étoiles. Entre résilience face aux fermetures de routes et solidarité villageoise, portrait d’un établissement devenu un véritable lieu de vie en haute montagne.
À Porté-Puymorens, le Le Castel Isard est bien plus qu’une adresse où l’on vient manger une fondue au coin du feu. C’est une histoire de reconversion, de coup de cœur et d’ancrage territorial.
« Nous sommes en SAS. Je suis présidente du Castel Isard pour la partie restaurant et pour le refuge, pour la partie hébergement », explique Valérie Marti, qui a repris avec son mari Frédéric l’ancien hôtel-restaurant il y a presque quatre ans.
À l’époque, le couple ne vient pas du tout du métier. Pendant 17 ans, ils ont dirigé une entreprise d’élagage dans la plaine. Mais il y a vingt ans, ils découvrent Porté-Puymorens. Leur fils intègre le ski-club local ; ils s’y investissent bénévolement, jusqu’au conseil d’administration. Peu à peu, le lien se tisse avec le territoire et ses habitants.
On est tombés amoureux du territoire et de la population. Il y a quatre ans, sur un coup de cœur, presque un coup de folie, ce bâtiment était à vendre et on a décidé de changer de vie.
Du vieil hôtel au refuge trois étoiles
En reprenant le fonds de commerce, le couple fait un choix stratégique : conserver la restauration, mais transformer l’hôtel en meublés de tourisme. D’importants travaux sont engagés côté restaurant, tandis que la partie hébergement est déclassée et entièrement repensée.
Aujourd’hui, le Castel Isard propose des studios jusqu’à des appartements pouvant accueillir cinq personnes, tous classés trois étoiles. L’établissement est ouvert quasiment toute l’année, avec une forte saison estivale de quatre mois et une saison d’hiver calquée sur l’ouverture de la station.
Particularité non négligeable : le Castel Isard est l’un des rares restaurants à plusieurs kilomètres à la ronde, avec celui de Porta. Une position stratégique qui en fait un point de passage incontournable pour les locaux, les travailleurs et les vacanciers.
Raclette, cheminée et peau de mouton
À l’intérieur, l’ambiance se veut cosy. Cheminée crépitante, assises recouvertes de peaux de mouton, décor montagnard : tout est pensé pour que chacun s’y sente bien.
La carte, elle, fait la part belle à la tradition du ski et de la montagne : fondue, raclette, tartiflette… « C’est une restauration exclusivement traditionnelle. On retrouve tous les plats qu’on a envie de manger à la montagne », sourit la gérante. À cela s’ajoutent un plat du jour et un menu du lundi au vendredi, pour répondre aussi à la clientèle de la station et aux habitués.
Car le Castel Isard est avant tout « un restaurant de passage pour les locaux, pour les travailleurs ». Des clients venus de la vallée, de Latour-de-Carol, mais aussi, de plus en plus, d’Ariège, d’Andorre, de Cerdagne ou du Capcir.
Avant les fermetures de routes R66, puis RN20, une cinquantaine de couverts étaient servis le midi. Aujourd’hui, l’impact est brutal.
L’année de toutes les résiliences avec la RN20 coupée jusqu’au printemps
Entre manifestations agricoles, perturbations successives et fermeture de la RN20 pour trois mois, l’établissement traverse une période délicate. La clientèle venant de Toulouse, du Tarn ou de basse Ariège a quasiment disparu.
Avant la fermeture de la route, on faisait à peu près une cinquantaine de couverts à midi. Aujourd’hui, si on en a six ou sept, on se dit qu’on n’est pas fanny
Valérie Marti, Le Castel Isard
Les hébergements, eux, ont mieux résisté, sans annulations majeures. Mais la baisse du transit se ressent fortement en restauration. Le soir, cependant, les habitants du village répondent présents.
La force d’un village
Depuis le début de l’évènement RN20, la solidarité locale ne s’est jamais démentie. Les habitants viennent dîner, prennent des nouvelles, affichent leur soutien. La municipalité aussi se mobilise à chaque difficulté rencontrée par un commerçant.
Valérie Marti raconte un épisode récent : une panne électrique en plein service du midi. Plus de cuisine à 12h30. Un électricien du village intervient immédiatement.
« On a un électricien ici qui nous a dit : “Je ne peux pas vous laisser comme ça, j’arrive tout de suite.” Ça, en plus du reste, vous ne l’avez qu’ici. En ville, le mot solidarité, on l’a sacrément perdu. Ici, il y a un tissu solidaire et humain qui se met en branle dès que quelqu’un rencontre une difficulté. Et ça, effectivement, ça vaut tout l’or du monde. »
Au Castel Isard, derrière les assiettes fumantes et les appartements de montagne, c’est cette chaleur humaine qui fait la différence. Un refuge, au sens propre comme au figuré.




