Alors que les épisodes de chaleur et de sécheresse se multiplient dès le printemps, la Confédération paysanne tire la sonnette d’alarme sur l’accès à l’eau pour les exploitations agricoles. Dans un communiqué, le syndicat agricole appelle à un rééquilibrage des politiques publiques afin de mieux accompagner les agriculteurs qui ne bénéficient pas aujourd’hui des infrastructures d’irrigation.
« L’agriculture et les paysan·ne·s ont besoin d’eau pour produire et nourrir », rappelle d’emblée l’organisation. Un constat qui prend tout son sens après un printemps marqué par des températures exceptionnellement élevées et un mois de mai particulièrement chaud.
Si les pluies hivernales avaient laissé espérer une année plus sereine, la douceur d’avril puis les fortes chaleurs de mai ont rapidement entamé les réserves superficielles. Sur le terrain, les conséquences se font déjà sentir. Les éleveurs s’interrogent sur la repousse des prairies après les foins, les arboriculteurs ont dû irriguer davantage pour protéger les jeunes arbres, les maraîchers ont multiplié les aspersions pour préserver leurs cultures et les céréaliers attendent désormais les orages de début d’été pour assurer le remplissage des grains.
Un soutien jugé déséquilibré
La Confédération paysanne souligne que les investissements publics consacrés à l’irrigation profitent principalement à une minorité d’exploitations. Selon le syndicat, seuls 6 % des agriculteurs français bénéficieraient aujourd’hui de quotas d’eau attribués dans le cadre de systèmes d’irrigation structurés.
À l’inverse, les 94 % restants doivent souvent recourir à l’eau potable du réseau public pour abreuver leurs animaux ou sécuriser certaines productions.
« Nous demandons qu’un effort similaire soit déployé pour les agriculteurs qui n’irriguent pas mais qui sont pourtant confrontés quotidiennement aux conséquences du manque d’eau », explique Guillaume Nutti, co-porte-parole de la Confédération paysanne.
Priorité à la sobriété et au stockage naturel
L’organisation agricole plaide pour des investissements renforcés dans les solutions permettant de mieux retenir l’eau dans les territoires.
Parmi les pistes avancées figurent la récupération des eaux de pluie sur les bâtiments agricoles, le développement de techniques économes en eau, l’amélioration du stockage de l’eau dans les sols ou encore les pratiques favorisant l’infiltration vers les nappes phréatiques.
Pour le syndicat, l’objectif n’est pas seulement de sécuriser les productions agricoles mais également de préserver durablement la ressource.
Donner la priorité à l’alimentation locale
La Confédération paysanne rappelle que les usages agricoles doivent s’inscrire dans une hiérarchie claire des besoins. Les milieux naturels et l’alimentation en eau potable demeurent prioritaires.
Concernant l’agriculture, le syndicat estime que l’abreuvement des animaux, le maraîchage et les productions destinées à l’alimentation locale doivent être favorisés par rapport aux productions orientées vers l’exportation, les usages industriels ou énergétiques.
Il propose également que les volumes d’eau attribués aux exploitations soient plafonnés en fonction de la disponibilité réelle de la ressource, du nombre d’actifs présents sur les fermes et de la nature des productions.
Une gouvernance de l’eau plus ouverte
Au-delà des questions techniques et financières, la Confédération paysanne réclame une gouvernance plus démocratique de l’eau. Elle souhaite que les instances de gestion de la ressource, telles que les SAGE (Schémas d’aménagement et de gestion des eaux) ou les OUGC (Organismes uniques de gestion collective), accordent davantage de place aux citoyens, aux agriculteurs non irrigants et aux associations de protection de l’environnement.
Dans un contexte de changement climatique qui accentue les tensions autour de la ressource, le syndicat estime qu’une meilleure répartition des moyens, des volumes d’eau et des financements constitue une condition essentielle pour préserver une agriculture viable et durable.
« C’est en suivant ces directions que nous pourrons aller dans le sens de la préservation et de la sécurisation d’une agriculture responsable face au commun vital qu’est l’eau », conclut Guillaume Nutti.





