Réunie en urgence à Foix le 9 juillet dernier, la profession agricole ariégeoise a dressé un constat sans appel : la crise climatique et économique qui frappe les exploitations du département met à bout de souffle un modèle agricole tout entier, quelle que soit la filière concernée — élevage, grandes cultures, maraîchage, apiculture, aviculture ou viticulture.
Dans un manifeste co-signé par la Chambre d’agriculture de l’Ariège, les Jeunes Agriculteurs (JA 09), la FDSEA 09 et la Coordination Rurale 09, les organisations professionnelles affirment qu’aucune structure ne peut se dédouaner de sa responsabilité face à cette situation qu’elles qualifient d’urgence vitale. Elles appellent à un sursaut de solidarité territoriale et institutionnelle, articulé autour de quatre axes de demandes urgentes.
Premier chantier : l’alimentation animale. Pour la profession, l’urgence absolue consiste à nourrir les troupeaux, ce qui suppose que les coopératives jouent pleinement leur rôle de bouclier logistique et partenarial, en identifiant sans délai les disponibilités de paille aux échelles régionale, nationale et internationale, et en mettant en place une logistique de crise pour acheminer ces ressources vers les zones les plus touchées.
Le manifeste s’adresse ensuite directement à l’État et à la préfecture, réclamant davantage de flexibilité réglementaire. Les signataires demandent l’autorisation immédiate de faucher les jachères pour nourrir les bêtes, via des dérogations réservées aux éleveurs, ainsi qu’un arrêté préfectoral de sécurité civile qui permettrait d’éliminer les masses de combustibles sur pied et de prévenir les risques d’incendies majeurs. S’y ajoutent une demande de souplesse dans le calendrier des déclarations PAC et des mouvements d’estive, un moratoire sur les contrôles administratifs en période de crise, une exonération totale de la taxe foncière sur le non-bâti pour l’année en cours, la reconnaissance officielle d’un cas de force majeure à l’échelle du territoire, ainsi que l’engagement sans délai de la procédure de reconnaissance de calamité agricole pour activer l’Indemnisation de Solidarité Nationale.
Troisième volet, le secteur bancaire est appelé à actionner des leviers de neutralité financière, avec un déploiement immédiat de prêts de trésorerie à court terme, un report automatique des annuités en fin de tableau, et une prise en charge intégrale des intérêts et frais financiers par l’État ou les établissements eux-mêmes, afin qu’aucune exploitation n’ait à s’endetter pour survivre à un accident climatique.
Enfin, les organisations demandent un soutien social renforcé de la part de la MSA, à travers une enveloppe exceptionnelle dédiée à la prise en charge des cotisations sociales pour les agriculteurs les plus en difficulté ainsi que pour les salariés agricoles et saisonniers.
Au-delà de ces demandes institutionnelles, les signataires insistent sur un mot d’ordre : rompre l’isolement. Aucun agriculteur ne doit rester seul face à la crise, rappellent-ils, en invitant chaque exploitant en difficulté à se signaler auprès du dispositif AREA ou du réseau Sentinelle de la MSA, tous deux mobilisés pour identifier, accompagner et orienter vers des solutions d’urgence.
Le manifeste alerte enfin l’ensemble des acteurs du territoire, au-delà du seul monde agricole : la consommation d’eau nécessaire à la lutte contre la multiplication des incendies aura un impact direct sur la disponibilité de la ressource pour tous les autres usages. Protéger l’agriculture aujourd’hui, concluent les signataires, c’est préserver l’intérêt général et la sécurité de tous demain.
Source : Chambre d’agriculture de l’Ariège





