Le 6 juin 2026, sur le Plateau de Beille, une page s’est tournée dans la coopération franco-andorrane : l’itinéraire transfrontalier « Chemin de la Transhumance – Estives » a été officiellement inauguré, en présence de Christine Téqui, Présidente du Département de l’Ariège, de Guillem Casal Font, Ministre de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Élevage d’Andorre, et de Jordi Alcobe Font, Consul Majeur de la paroisse de Canillo.
Un sentier au cœur d’un héritage millénaire
La transhumance, cette pratique ancestrale qui voit chaque printemps bovins, ovins et équins gagner les hauteurs des estives avant d’en redescendre à l’automne, est bien plus qu’une simple pratique agricole dans les Pyrénées. Elle est le socle d’une économie pastorale et d’une identité montagnarde partagée de part et d’autre de la frontière. Sa reconnaissance en 2023 au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO a officialisé ce que les habitants des vallées savaient depuis toujours : la transhumance est un trésor vivant, porteur de savoir-faire et de liens entre les peuples.
C’est dans cet esprit que le « Chemin de la Transhumance – Estives » a été conçu : non pas comme un simple sentier balisé, mais comme un fil conducteur qui relie deux territoires, deux cultures et deux nations autour d’un patrimoine commun.
Un itinéraire de haute montagne entre Beille et Inclès
L’itinéraire baptisé « Estives » relie le Plateau de Beille, en Ariège, à la Vallée d’Inclès, en Andorre. Il emprunte les chemins traditionnels jadis parcourus par les bergers et leurs troupeaux, traversant des espaces naturels remarquables au cœur des Pyrénées.
Quelques chiffres clés :
- Jusqu’à 42 km de randonnée selon les variantes choisies
- Jusqu’à 2 500 m de dénivelé positif
- 2 refuges intégrés au parcours : le Rulhe et le Juclar
- 24 professionnels formés au pastoralisme en 2026
Deux variantes d’itinéraires sont proposées, permettant d’adapter le parcours au niveau et aux attentes de chacun.
Quatre ans de coopération transfrontalière
Ce projet est le fruit d’un travail collectif engagé dès 2022, impliquant collectivités, institutions, professionnels du tourisme et acteurs du pastoralisme des deux côtés de la frontière. Depuis le lancement, plusieurs étapes structurantes ont été franchies : définition du tracé, création d’une identité visuelle commune, élaboration de fiches pédagogiques sur les races locales pyrénéennes, et repérage des futurs circuits d’interprétation.
En avril 2026, une journée de formation a réuni 24 professionnels de la montagne ariégeois et andorrans, renforçant leurs connaissances communes sur le pastoralisme et les enjeux des espaces d’altitude.

Un outil au service du tourisme durable
Au-delà de la randonnée, le Chemin de la Transhumance est pensé comme un vecteur de développement territorial durable. Ses ambitions sont multiples :
- Diversifier l’offre touristique en associant randonnée, patrimoine, culture et découverte des activités pastorales.
- Allonger les séjours grâce à une expérience immersive sur plusieurs jours.
- Promouvoir un tourisme responsable, respectueux des espaces naturels et bénéfique aux économies locales.
- Valoriser les métiers et paysages de montagne auprès du grand public.
Des dispositifs pédagogiques sont en cours de développement pour être opérationnels à l’horizon 2026-2027 : expositions permanentes dans les bâtiments d’accueil, sentiers d’interprétation et une malle pédagogique transfrontalière à destination des accompagnateurs en montagne, gardiens de refuge et structures d’éducation à l’environnement.
Une mobilisation collective inédite
La force de ce projet réside dans l’ampleur de la mobilisation qu’il a suscitée. Du côté andorran, le Gouvernement d’Andorre, la Commune de Canillo, l’Associació de Pagesos i Ramaders d’Andorra, Andorra Turisme et plusieurs offices de tourisme se sont impliqués. Côté ariégeois, le Département, la Communauté de Communes de la Haute-Ariège, la Chambre d’Agriculture, la Fédération Pastorale, l’Agence de Développement Touristique Ariège Pyrénées, le Groupe Gascon et le Syndicat des Accompagnateurs en Montagne ont œuvré de concert.
Cette mobilisation illustre que l’Ariège et l’Andorre, liées depuis des siècles par l’élevage, la montagne et les échanges humains, continuent d’écrire ensemble leur histoire — un pas après l’autre, sur les chemins d’estive.
Source : Département de l’Ariège – ariege.fr





