REPORTAGE 🎥 Exploité depuis l’Antiquité, déjà par des italiens, le Grand Antique d’Aubert, grave dans la pierre un autre pan de l’Ariège.
Au détour de la voie verte, qui relie Saint-Girons à Moulis et au-delà, l’imposant engin de chantier jaune suscite l’attention, saillant entre les parois de la montagne. Et la piste qui descend derrière lui conduit sur un cirque à ciel ouvert, aux allures irréelles tamisées des lumières matinales. Fantasmagories de marbres qui ont fait la réputation du site d’Aubert, hameau de Moulis.
Connu et utilisé depuis l’Antiquité ce marbre unique était alors exploité par les romains et exporté entre Rome et Constantinople. Il orne aujourd’hui de grands monuments : thermes du musée de Cluny à Paris, cathédrale de Tarbes, cathédrale de Westminster à Londres, salon de Diane au château de Versailles, ou encore l’église Saint-Louis-des-Invalides, où il soutient le baldaquin de l’autel et compose le tombeau de Joseph Bonaparte. On le piétine aussi au MOMA à New York.
Après des décennies d’abandon c’est finalement la société spécialisée italienne Escavamar SRL, qui en a obtenu depuis 2014 le droit exclusif d’extraction et a déposé la marque GRAND ANTIQUE D’AUBERT®, exploité par une filiale dédiée : Marbres Ariège-Pyrénées.
Une entreprise familiale à taille humaine, installée en Toscane, entre le père Georgio Rivieri, entouré de sa femme et de ses deux fils, dont Samuele dirige l’exploitation du site d’Aubert. Trois personnes y travaillent à temps plein sous sa conduite. Une entreprise attachée à une exploitation « raisonnée » du site pour limiter l’impact environnemental et autres nuisances (bruits poussières…), toute attachée à la protection de ce filon, une veine pour qui sait l’exploiter.
Un marbre unique au monde
D’ici, 450 à 500T de ce marbre spécifique sortent des entrailles de la terre, en moyenne par an. Une attention toute particulière est portée à « l’extraction de ce matériau de prestige, pour ne pas dire de luxe. On travaille doucement, on privilégie la qualité plutôt que la quantité », souligne Samuele. Vendu par blocs, de 500 à 2000 euros la tonne selon sa qualité et surtout les cours du marché, actuellement plutôt morose lui-aussi, le Grand Antique d’Aubert est acheminé vers l’Italie pour repartir souvent vers d’autres pays très demandeurs « Etats-Unis, Chine… ».
Une veine très prisée aussi de nombreux tailleurs de pierre, sculpteurs et artisans d’arts dont on peut admirer (et acheter) les objets dans la boutique en contrebas dans le village, gérée et animée par l’association du Patrimoine Moulisien, qui organise entre autres chaque année en cette période estivale « Les Journées du Marbre ».
Un marbre aux qualités très appréciés surtout pour son esthétisme, miracle de la nature, entre son noir profond et son blanc intense. Un noir et blanc « exclusif », unique au monde qui inspire architecte et bâtisseurs comme artisans d’art. Ici chaque bloc de marbre est sélectionné selon un savoir-faire précis selon le dessin des veines qui le parcourent, l’œil guidant plusieurs découpes chirurgicales. Puis, « rien ne se perd, tout est valorisé », poursuit Samuele. Pas de droit à l’erreur ou à l’approximation sous peine de perdre en qualité et en valeur. Les résidus et autres déchets sont concassés et utilisés dans le bâtiment ou même par la commune qui en a revêtu des sentiers communaux.
La délégation détenue par l’entreprise pour l’exploitation du site sera renouvelée prochainement pour vingt ans. Mais, déjà elle envisage le projet d’ouvrir une autre marbrière au dos de la même montagne dont les tons noir blanc et ocre lui valent déjà le nom de « Noir Belle Epoque ».
Venu visiter le site en compagnie de ses équipes et d’artisans d’arts, le président de la CMA 09, Joseph Calvi se réjouit de découvrir in situ ces marbres et de constater tout l’écosystème (tailleurs de pierre, artisans d’art, bâtisseurs…) qui gravite autour de ce matériau « d’exception, ce marbre traditionnel ariégeois connu dans le monde entier ». La Chambre des Métiers fourmille de projets, elle-aussi, en Ariège et en Occitanie, dans le sens d’un soutien plus accru à la filière pierre…au travers notamment d’un Pôle de formation dans les métiers de la pierre proposant plusieurs spécialisations. Nul doute que le marbre sera en bonne place sur l’établi.
A l’image :
Samuele Rivieri : Exploitant de la marbrière de Moulis
Joseph Calvi : président de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de l’Ariège et d’Occitanie





