INTERVIEW 🎙️ Du vendredi 16 au dimanche 18 octobre, « Histoire(s) de se rencontrer au cinéma » consacre sa troisième édition au régime de Vichy. Projections, conférences, rencontres et repas partagés rythmeront ce week-end, dont le point d’orgue sera la projection du Chagrin et la Pitié de Marcel Ophüls. Maylis Bouffartigue, organisatrice, souhaite en particulier y voir venir la jeunesse. Elle est notre invitée de la semaine.
Chaque année, « Histoire(s) de se rencontrer au cinéma » s’articule autour d’un réalisateur dont plusieurs films sont projetés. Pour sa troisième édition, l’organisation a choisi de changer d’angle et de s’intéresser à une période : le régime de Vichy, de 1940 à 1945. « Ça fait plusieurs années que j’avais envie de se remémorer ce qu’était cet État dictatorial », explique Maylis Bouffartigue. L’équipe a aussi voulu s’interroger sur l’état d’esprit de la société française avant Vichy, notamment sur la manière dont l’antisémitisme s’y exprimait déjà.
Le moteur de ce focus est un film : « Le Chagrin et la Pitié « , de Marcel Ophüls. Ce documentaire, qui a profondément renouvelé le genre, fut longtemps tenu à l’écart de la télévision française après sa sortie en 1971, tout en rencontrant un large succès en salles, en France comme aux États-Unis. Il bouscule l’image d’une France unanimement résistante en montrant l’ampleur de la collaboration. Il sera projeté en intégralité le dimanche 18 octobre, pour plus de quatre heures de projection, avec une pause repas pour que le public puisse déjeuner ensemble, comme le veut l’habitude des dimanches du festival.
Le programme débutera le vendredi 16 octobre à 18 heures. L’historienne Colette Zytnicki, ancienne universitaire à Toulouse et spécialiste du Maghreb et de l’histoire des Juifs de Toulouse, donnera une conférence sur le décret Crémieux, qui avait accordé la citoyenneté française aux Juifs d’Algérie et que le régime de Vichy a abrogé. Une manière, souligne Maylis Bouffartigue, d’aborder aussi la question des colonies sous Vichy. La soirée se poursuivra avec « L’Année dernière à Vichy », de Paule Muxel et Bertrand de Solliers, un film réalisé il y a une vingtaine d’années à partir de témoignages de personnes ayant vécu cette période dans la ville de Vichy.
Le samedi 17 octobre, l’accent sera mis sur l’histoire locale et régionale. L’association qui perpétue la mémoire du camp du Vernet, l’un des principaux camps d’internement en France, viendra en début d’après-midi, comme chaque année. Elle sera suivie de l’historienne Sylvie Guinle-Lorinet, de l’université de Pau, qui évoquera le camp d’internement des Tziganes de Lannemezan. Les intervenants rappelleront aussi le sort des travailleurs étrangers et des exilés, dont de nombreux républicains espagnols, ainsi que la rafle de 1942 à Aulus-les-Bains, dont plusieurs victimes ont été conduites au Vernet avant d’être déportées. « C’est une mémoire encore très vive », insiste l’organisatrice. En fin d’après-midi sera projeté un documentaire de 65 minutes de Joseph Beauregard « Le Chagrin et la Pitié, la France de Vichy dynamitée » consacré au Chagrin et la Pitié, qui pourra servir de mise en bouche aux spectateurs hésitant à s’engager pour la version intégrale du lendemain. Le soir, l’Estive, scène nationale de Foix, programme Notre Salut, d’Emmanuel Marre, un film sur la période de Vichy : une coïncidence que l’équipe accueille avec plaisir. La chorale La Cantariza, une quinzaine de choristes, ponctuera la journée de quelques chansons.
L’invitation s’adresse à tous, mais plus particulièrement aux plus jeunes. Maylis Bouffartigue souhaite que les parents viennent avec leurs enfants et leurs adolescents, et que les jeunes adultes se déplacent, « ne serait-ce que par curiosité, pour poser des questions ». Selon elle, comprendre les mécanismes qui permettent à une dictature de s’installer, et le silence qui lui succède souvent, aide à mieux se saisir des débats d’aujourd’hui. L’équipe, qui revendique une vision humaniste du monde fondée sur l’égalité des êtres humains, a placé le festival sous le parrainage d’Edgar Morin, récemment disparu.
Les entrées sont libres, et un bar-restauration sera ouvert pendant tout le week-end. Le samedi et le dimanche midi, le repas, avec un plat, une boisson, un dessert et un café, est proposé à 10 euros. Le programme détaillé est consultable en ligne en recherchant « Histoire de se rencontrer au cinéma, troisième édition, focus Vichy », et l’organisatrice peut être jointe par courriel à l’adresse rencontre-theatrale09@gmail.com.
Du vendredi 16 au dimanche 18 octobre 2026
Salle multimédia
Le Mas d’Azil


