REPORTAGE 🎥 À l’unité de soins palliatifs du Centre Hospitalier du Val d’Ariège (CHIVA), une adorable chienne épagneule du nom d’Olympe pousse parfois la porte des chambres, suivie de sa maîtresse Lauriane Sanchez, médiatrice animale et propriétaire de la Ferme de P.A.N à Arignac. Une visite qui peut sembler anodine, mais qui s’inscrit dans une véritable démarche de soin, portée depuis plusieurs années par le service dirigé par le Docteur Thomas Boussaton.
L’unité compte dix lits d’hospitalisation complète, avec un binôme infirmier aide-soignant pour cinq patients, renforcé chaque après-midi par une aide-soignante dédiée au développement des thérapies non médicamenteuses. « Les thérapies non médicamenteuses, comme leur nom l’indique, sont des soins qui ne demandent pas de médicaments, donc on n’a pas les effets indésirables », explique le Dr Boussaton. L’objectif : « améliorer la qualité de vie en réduisant les seuils anxieux, les seuils douloureux », et occuper les patients à travers diverses activités. La médiation animale n’est qu’un volet de cette palette de soins, qui comprend également un chariot sensoriel de type snoezelen, des casques de réalité virtuelle, un partenariat avec la médiathèque pour des lectures en chambre, ainsi que les interventions d’une musicothérapeute et d’une socio-esthéticienne. Un projet d’aromathérapie, à base d’huiles essentielles, est également en cours de développement. Pour le chef de service, le bénéfice de ces séances ne fait aucun doute : « on voit que les séances apportent un bénéfice et apportent du confort en général aux patients », même lorsque leur état de santé ne s’améliore pas.
Ces dispositifs reposent presque entièrement sur la bonne volonté du service, en l’absence de financement hospitalier dédié. « On est en recherche de financement pour les pérenniser, puisque jusqu’à présent on n’a pas eu de financement hospitalier », précise le Dr Boussaton, qui salue au passage le soutien du Lions Club pour la médiation animale, de la médiathèque de Varilhes, ou encore de la Fondation Sisley pour la socio-esthéticienne.
C’est dans ce contexte qu’intervient l’association Mirapicienne pour l’Aide à la Médiation Animale (A.M.A.M.A), née de la dissolution du « Lions Club Mirepoix Pays Cathare » confronté à des départs de membres. Son président, Vincent Lampasona, raconte une aventure lancée par un courrier du docteur Sandra Schmidt, qui avait « lancé une bouteille à la mer » pour trouver un soutien à la musicothérapie. La suite s’est jouée en partie au hasard, un article dans la Dépêche, qui parle de la Ferme de P.A.N, « nous sommes rentrés en relation avec Lauriane Sanchez une personne fabuleuse dans son boulot » explique le président. Cette année encore, cinq Lions Club de la zone se sont mobilisés aux côtés de Mirepoix Pays Cathares pour soutenir le projet : Auterive les Trois Vallées, Val de Garonne Cazères Carbonne, Muret Clément Ader et Saint-Girons Couserans. Un engagement que Vincent Lampasona espère voir durer : « on va essayer de faire durer le plaisir, puisque c’est un plaisir partagé ».
Sur le terrain, Lauriane Sanchez adapte chaque visite aux affinités des patients : cochons d’Inde, lapins, colombe ou poules l’accompagnent selon les demandes du service. « Ça dépend un peu des affinités des patients : souvent on peut m’appeler en me disant tel patient a une très grande affinité avec les oiseaux, je vais plutôt venir avec un volatile », explique-t-elle. Mais Olympe reste la figure centrale de ces séances, présente à chaque intervention. Les moments passés avec elle prennent des formes très différentes selon les patients : « il y a des patients qui vont pouvoir participer à certaines activités avec elle, aller se promener un petit peu dans le couloir, fabriquer des gâteaux pour la chienne (…) et d’autres patients, on va être plutôt sur un moment de cocooning, câlin avec Olympe ». Lauriane souligne aussi combien ces visites peuvent toucher les proches : « ça peut bénéficier aux familles, c’est arrivé que les familles soient spontanément contentes de voir Olympe, donc ça ouvre à la discussion ».
Lauriane Sanchez insiste enfin sur la notion de consentement, qui prime à chaque étape : « ce qui est important, c’est le consentement de tous les côtés : le consentement du patient ou du bénéficiaire de la séance de médiation, et l’animal ». Elle explique reconnaître chez sa chienne les signes annonçant qu’elle a atteint son seuil : « généralement elle attrape la laisse et elle demande à partir, voilà, on sait qu’elle a atteint son seuil ». Tous les animaux ne sont d’ailleurs pas destinés à la médiation animale : « j’ai certains animaux qu’on a récupérés sur la ferme qui ne travailleront jamais en médiation, ce n’est pas possible ».
Un travail de rencontre et de confiance, entre l’animal et l’humain, qui façonne au fil du temps chaque intervention menée au sein de l’unité de soins palliatifs du CHIVA.





