INTERVIEW 🎙️Emmanuel Jardin est agrégé de philosophie et enseigne cette discipline en lycée, tout en intervenant à l’Université Jean-Jaurès de Toulouse. Il a cofondé la Société normande de philosophie ainsi qu’une petite université populaire rurale en Ariège. Pendant huit ans, il a également dispensé des cours de sciences de l’éducation à l’Université de Caen. En 2003, il a publié aux éditions L’Harmattan un ouvrage consacré au Collège-Lycée expérimental d’Hérouville-Saint-Clair, intitulé « Une école pour la modernité ? ».
On parle cette semaine de son nouvel ouvrage « Quel avenir pour le progrès ?. Conjurer la revanche d’Ouranos »
Emmanuel Jardin, vous sortez un petit livre, par sa taille, traitant d’un grand sujet, par son contenu, aux éditions Sang de la Terre, bientôt disponible dans toutes les bonnes librairies indépendantes de Verniolle et des alentours.
entre tous les sujets qui vous captivent, qu’est-ce qui vous a poussé à rédiger sur l’avenir de la science ? Et peut-être voulez-vous dire un mot sur la maison d’édition Sang de la Terre ?
Votre écrit consacre une large partie à contextualiser, dans l’Histoire, la notion de progrès. Vous vous attachez à bien restituer les différentes notions liées au progrès et son évolution dans le temps. Vous posez la question de la réflexion qui a traversé les siècles, concernant le progrès pour arriver à ce que peut-être la suite de notre civilisation et vous donnez un sens à cette réflexion en citant Albert Camus et Elisée Reclus. Hormis la récurrence de cette question et son urgence actuelle, pensez-vous qu’il est encore temps ?
Sur vos définitions concernant le progrès, cela m’a renvoyé à d’autres réflexions concernant en particulier la science. En partant du postulat que la Science (avec un grand S) est la recherche fondamentale avec à la clef une supposée obligation pour les pouvoirs publics à investir dans tous les domaines qui envisagent au-delà de notre quotidien, notre avenir et d’un autre côté la science (avec un petit s) qui est la science appliquée, pour faire simple les débouchés technologiques et commerciaux qui font notre quotidien.
Peut-on penser de la même manière le progrès, ou encore pour vous taquiner, à comparer la Philosophie spéculative et la philosophie pratique ?
La question du progrès entraine celle de la justice. Dans une période climatique tendue, où le progrès a intensifié la fragilité écologique, est-il possible de concevoir une direction du progrès qui rende la justice climatique ? A quelles conditions ?
Pour faire suite à la question précédente que pensez-vous de la robustesse, thème développé pas Olivier Hamant ?
Vous placez la philosophie, la politique à l’égal du progrès. Peut-on, malgré-ce, l’asservissement de la philosophie et du progrès, comme de la science, à la politique ? … sans parler de la sphère économique.
Il est surprenant, pour moi, et salvateur par là-même, de lire qu’un savant de la fin du XVIIIème siècle, Condorcet, avait anticipé le point de rupture où nous en sommes. Il mettait en avant le progrès et déjà ses limites et l’on voit aujourd’hui, apparemment, que ces limites sont largement dépassées, suivant les critères avancés par le SRC (équipe internationale de chercheurs dirigée par Johan Rockström. Quel est votre point de vue là-dessus ?
Chers auditeurs d’Azinat, je ne peux pas tout dévoiler de cet excellent ouvrage rédigé par Emmanuel Jardin intitulé « Quel avenir pour le progrès ? Conjurer la revanche d’Ouranos. » (J’ai d’ailleurs laissé volontairement sous silence le sous-titre) nous aurions aussi pu parler de mythologie, d’histoire, de controverse, mais aussi de transhumanisme ou d’anthropocène, d’autres de vos dadas.
Je vous laisse chers auditeurs vous procurer ce livre chez votre libraire indépendant préféré, afin de découvrir l’intensité de ce contenu et réfléchir à l’avenir du progrès.
Par Dominique Mourlane,
libraire au Relais de Poche à Verniolle

Faut-il pour autant renoncer à l’idée de progrès ? C’est à cette question que cet essai tente d’apporter une réponse en montrant que celle-ci ne peut reprendre sens dans l’Anthropocène qu’à Ia condition que nous réinterrogions notre rapport à l’espace et au temps ; que nous comprenions que ce n’est pas en conquérant l’espace que nous pourrons nous affranchir du temps, mais que c’est au contraire en entretenant notre espace que nous pourrons nous donner du temps.
Pour cela, partant de l’examen du triple héritage, gréco-latin ; judéo-chrétien et moderne, qui a façonné notre imaginaire du progrès, l’ouvrage s’attache à mettre en évidence la logique de l’émergence, de la décadence et de la résurgence du mythe moderne du Progrès. Ceci afin de montrer comment il doit être. déconstruit, non pour disqualifier l’idée de progrès elle-même, mais pour montrer à quelles conditions celle-ci peut encore avoir un avenir à l’ère de l’Anthropocéne.
Au final, cet essai est une invitation à redonner sa signification essentiellement spatial c’est-à-dire terrestre, à la notion de progrès.


