Le 22 mars 2026, le second tour des élections municipales a livré des résultats particulièrement saisissants : l’Ariège s’est distinguée par un phénomène rare, avec trois de ses principales villes qui ont simultanément changé de maire. Un renouvellement en triptyque qui illustre une dynamique de rupture dans un département pourtant réputé pour sa continuité politique.
L’Ariège : un département qui a voté le changement
Foix : la fin d’une ère socialiste, à neuf voix près
Le résultat le plus spectaculaire de la soirée est sans conteste celui de la préfecture ariégeoise. Foix, mairie socialiste depuis plus de 60 ans, a changé de couleur. C’est Jérôme Matéos (Divers Centre) qui l’a remporté avec 42,82 % des suffrages exprimés, arrivant juste devant la maire sortante Marine Bordes (Union de la Gauche). Seulement neuf voix les séparent. Alexandre Besson (Divers Gauche), troisième candidat, a recueilli 14,59 % des suffrages. Un résultat qui fera date dans les annales politiques fuxéennes : soixante ans de gouvernance de gauche balayés par moins d’une dizaine de bulletins.
Pamiers : la maire sortante sèchement désavouée
A Pamiers le verdict est lui bien moins ambigu. Jean-Philippe Sannac (Divers Centre) remporte la mairie de Pamiers avec plus de 66 % des voix. La maire sortante Frédérique Thiennot, également centriste, n’obtient que 15,84 % des voix. Avec ses 17 000 habitants, la ville la plus peuplée du département a connu une effervescence politique rarement vue. Sonia Caumartin (Divers Gauche) arrive en deuxième position avec 17,78 %, devançant l’édile sortante. Un désaveu cinglant pour Frédérique Thiennot, qui avait pourtant remporté le scrutin de 2020 face à André Trigano.
Mirepoix : la liste sortante balayée
À Mirepoix, la liste « Bâtir Ensemble l’Avenir » menée par Valérie Dillon était arrivée en tête au premier tour avec 49,09 % des suffrages, devant la liste du maire sortant Xavier Caux à 39,65 %. Le second tour a confirmé cette tendance : la liste dirigée par Valérie Dillon est arrivée en tête à Mirepoix, écartant définitivement Xavier Caux, en poste depuis 2020. La participation à Mirepoix avait atteint 67,55 % au premier tour signe d’une forte mobilisation des électeurs pour ce scrutin de changement.
Saint-Girons : la continuité à gauche
Toutes les villes ariégeoises n’ont pas suivi le mouvement de renouvellement. À Saint-Girons, chef-lieu du Couserans, le maire sortant Jean-Noël Vigneau (Divers Gauche) a été facilement réélu lors de ce second tour qui s’est joué en triangulaire. Il rassemble 59,07 % des voix. Ce second tour se jouait entre trois candidats Divers Gauche. Une configuration qui confirme l’ancrage profondément à gauche du Couserans, où les clivages politiques nationaux n’ont guère de prise sur le scrutin local.
La Cerdagne et le Capcir : stabilité dans les stations
Du côté des Pyrénées catalanes, le scrutin a été moins agité. À Font-Romeu-Odeillo-Via, la principale commune de la Cerdagne française, Alain Luneau a été réélu dès le premier tour avec 51,34 % des suffrages. Le sortant, dont la liste s’intitulait « Nos villages, notre station », confirme ainsi son ancrage local dans cette commune de 1 800 habitants, principale station de sports d’hiver du plateau cerdan. Dans les nombreuses petites communes du Capcir — Formiguères, Les Angles, Matemale, Font-Romeu — une seule liste était souvent en lice, rendant l’issue du scrutin quasi certaine dès l’ouverture des bureaux de vote. Dans les territoires comme la Cerdagne, le Capcir ou le Limouxin, les enjeux municipaux (gestion, attractivité, services publics) dominent très largement les considérations partisanes.
Le Limouxin : Pierre Durand résiste au RN dès le premier tour
Dans l’Aude voisine, le Limouxin a vécu l’un des duels les plus commentés de la région. À Limoux dans l’Aude, le maire sortant Pierre Durand a remporté les élections municipales 2026 dès le premier tour avec 55,69 % des voix. Il affronte Maxime Bot du Rassemblement National, qui obtient 44,31 % des voix. La participation à Limoux s’établit à 69,74 %, un chiffre remarquable qui témoigne de l’intensité de la confrontation. La liste de gauche du maire sortant résiste donc à la poussée nationale-populiste dans cette cité audoise.
Tendances générales : le centre gagne du terrain, la gauche résiste
Ce second tour dans le grand arc pyrénéen révèle plusieurs dynamiques politiques. En Ariège, le département confirme son ancrage globalement à gauche, même si les logiques locales priment largement sur les étiquettes nationales. Néanmoins, la prise de Foix et de Pamiers par des candidats classés « Divers Centre » marque une inflexion notable dans un département longtemps dominé par la gauche traditionnelle. La chute de la forteresse fuxéenne socialiste — tenue sans interruption depuis plus de soixante ans — constitue symboliquement le fait politique majeur de ce scrutin.
En résumé, ce second tour des municipales 2026 aura été celui d’un renouvellement inédit pour l’Ariège : trois villes en un soir, trois maires sortants congédiés, trois nouvelles équipes aux commandes. Pamiers, Foix, Mirepoix — le triplé du changement, à l’heure où le reste des Pyrénées, de la Cerdagne au Limouxin, préférait, lui, la continuité.
Sources : France Info / Le Journal Toulousain / France 3 Occitanie / France Bleu




