Les ariégeois conquièrent le Monde

Margaux mai 2019 – la dernière

Souviens toi, Octobre 2014, je quittais mon Sud Ouest natal pour une aventure de l’autre côté de l’Atlantique. Franchement sortie d’un vol de 7 heures, je poussais maladroitement l’imposante valise (que j’avais mis des semaines à préparer) dans les couloirs de l’aéroport de Montréal. 21 ans, insouciante et complètement inadaptée à l’aventure que je m’apprêtais à vivre, j’entamais néanmoins ce voyage avec un plaisir non dissimulé.Il y a 44 jours que j’ai achevé ce fabuleux voyage, la plus belle aventure de ma jeune vie.

Atlantique, Pacifique et océan Indien : je les ai survolés, j’ai gouté leurs eaux, senti la force de la houle et l’air iodé de ces géants qui composent l’essentiel de notre planète. Il m’a fallu 60 mois pour partir à la découverte du monde : un voyage global de 250 000 kilomètres… 5 ans pour libérer « la jeune fille qui ne ferait rien de sa vie ». Je rentre, les épaules douloureuses d’un sac-à-souvenirs rempli à ras bord. Voir les étoiles briller de l’autre côté de la planète n’a certainement pas changé le monde… mais ça a boulversé le mien.

Aujourd’hui, je ne sais pas vraiment par où commencer, ni par où finir… je sais seulement qu’il est temps de mettre un point final à cette extraordinaire épopée.  Tu l’as vu… je ne tiens plus le rythme des infos-lettres mensuelles ; je suis prête à passer à autre chose. Le Projet52 se termine donc ici et ceci est ma dernière newsletter.

Margaux, 27 ans, photographe ; baroudeuse. 

Il y a quelques mois en arrière, je te laissais au pied d’un eucalyptus géant, au coeur de l’état de Victoria. Je m’apprêtais à reprendre la route : une pluie imprévue m’a surprise et délivrée de la chaleur estivale ; je suis sortie et je me suis retrouvée en plein milieu des senteurs exotiques du bush australien.

Je trace. 500 kilomètres plein nord : c’est dans un désert rouge, bondé de kangourous et d’émeus que je débarque. Sur la route, je longe plusieurs lacs roses asséchés par les températures écrasantes. Paysages grandioses. Hostiles. C’est un résumé très à propos. L’Australie s’est révélée être un vrai challenge pour moi : son histoire constamment bousculée entre un passé d’autant plus épouvantable que son un avenir fait rêver. 

Je continue ma route. Plein Ouest. 2 500 kilomètres plus loin j’atteins Perth. A la découverte des dunes blanches qui se jettent dans l’océan et des mangroves sauvages habitées par des oiseaux colorés et des insectes géants… C’est sublime, mais mon esprit est déjà ailleurs… Je suis là… et déjà là-bas, dans un autre projet. Parfaitement consciente de la chance que j’ai d’être ici, maintenant… pour la première fois depuis 5 ans pourtant, je ne profite pas du moment présent. Tout est parfait mais je suis déjà ailleurs. Aussi extra-ordinaire que soit ce pays, je précipite mon départ ; une autre aventure m’attend. Je réserve le dernier vol de ce voyage : 12 heures d’une traversée par l’Océan Indien. Mon tour du monde se terminait là. 

Douze heures d’avion, c’est long… ça me laisse le temps de regarder en arrière, cinq ans auparavant : je vivais une vie de citadine pleine de contraintes. Et pourtant j’avais l’impression d’être libre. J’avais ouvert le tiroir qu’on m’avait tendu et j’y prenais place sans vraiment comprendre ce que j’y faisais. J’avais la chance de vivre dans un appartement en plein coeur de Toulouse, j’enchainais les petits boulots pour subvenir à la charge de cette vie et les cours que je ne séchaient pas me préparaient à devenir interprète ou traducteur. La vie normale … 

L’élément déclencheur ? Je ne m’en souviens pas précisément. Je pense qu’il y a eu une accumulation de petites choses, probablement assez insignifiantes qui ont fini par faire une montagne infranchissable. J’étais vidée par ce quotidien dépouillé de profondeur, vide de sens ; je devenais progressivement l’acteur secondaire du film de ma propre vie. Petit à petit, les boites noires s’accumulaient et j’entendais les voix de mes enseignants résonner en moi « qu’allais-je bien pouvoir faire de ma vie ? » Et pourquoi pas tout remettre à plat ? Pourquoi pas inventer un nouveau chapitre ? Selon mes conditions.

J’ai commencé par refuser le CDI qu’on m’offrait et m’éloigner des gens angoissés, inquiets, irrités et toxiques. J’ai commandé des cartons, fais ma valise et pris le large. 

J’avais 21 ans, des angoisses qui tiraillaient mes entrailles mais une envie démesurée de bouffer le monde ! L’instant de la décision est une folie : je suis partie. Je n’étais JAMAIS partie seule. Jamais aussi loin ni aussi longtemps auparavant. Je pensais naïvement que voyager se résumait à déplacer les affaires que je connaissais dans un pays que je ne connaissais pas. Facile. 

J’ai récupéré ma plus grande valise, je l’ai remplie littéralement à craquer de choses parfaitement inutiles. Puis j’ai fait la seule chose qui me paraissait pertinente : je me suis rassurée. TOUT était millimétré, réservé, planifié des mois à l’avance. Touriste, quoi. Le travail était prémaché, je pouvais partir, l’esprit serein. Tranquillisée. Apaisée..

Et puis ça a planté ! Forcément! 

Qu’est-ce que j’ai appris ? Qu’un voyage ça ne se planifie pas, ça se vit. Et quand rien est prévu, tout est possible
Ça a donc été ma ligne de conduite. Les opportunités, les rencontres et l’inattendu ont guidé mon chemin. L’inconnu est excitant. Ne pas savoir ce qu’il va se passer dans une journée, une heure ou une minute est très stimulant. Ça aiguise les sens et l’intuition. J’ai aimé ça, c’était fabuleux. En devenant maître de mes intuitions et de mon libre arbitre, j’apprenais à me faire confiance. Chaque jour avait son lot d’épreuves, chaque nouvelle situation était une occasion de rebondir. Chaque échec était une leçon.Voyager a été pour moi une perpétuelle remise en question qui a chamboulé mes repères, mes sens, mes gouts… Le quotidien, c’est sans filtre ni retouches… vécu de la manière la plus brute possible. C’est très formateur. Ça m’a appris que tous les obstacles sont franchissables avec du temps et des efforts. D’apprécier le moment présent et d’appréhender le futur sans regret. Te dire que ça été facile serait mentir … Enrichissant ? Sans aucun doute.

Professionnellement parlant on m’a donné à l’étranger la chance que jamais je n’aurais eue en France, faute de diplômes et/ou d’expérience. Le monde anglo-saxon est ouvert aux gens qui ont envie d’essayer et d’oser. L’échec, si il a lieu, n’est pas une fin en soit, il est surtout vécu comme un « palier vers autre chose ». C’est un monde de possible, alors forcément, ça permet de déployer ses ailes. 

En 60 mois, les chamboulements ont été aussi personnels qu’intimes. 

En me retrouvant seule de l’autre côté de la planète j’ai eu le temps de me remettre en question plus d’une fois. Si j’ai longtemps cru partir à la recherche de quelque chose, c’est finalement moi que que j’ai trouvé au fil du temps. Ce voyage intérieur je l’ai vécu en plusieurs étapes : d’indispensables moments en solitaire pour l’introspection… et de merveilleux moments partagés qui bouleversent le quotidien, le rendent magique. Les belles rencontres marquent. Les moins bonnes questionnent. Mais dans tous les cas les émotions sont démultipliées… la distance, la solitude, puis la magie de la compagnie, des histoires qu’on se raconte et des rires qui fusent de se (re)connaître. Partager fait vraiment grandir. Je me suis attachée à tous ces gens qui prennent la route pour un mois, une année ou une vie. A ceux qui t’inspirent profondément mais ne partagent qu’un instant… On se confie en sachant au fond qu’on ne se reverra jamais. J’ai partagé avec eux une saison de travail, une balade en forêt ou une simple auberge de jeunesse… mais nos conversations étaient passionnées, belles et touchantes… Les liens se forment vite quand on est loin de tout ce qu’on connait. Quand la seule option est de communiquer avec l’autre. Quand tout passe par les regards, un anglais approximatif, un français approximatif… ou des mimes maladroits. Tout passe dans la magie du moment ; les rencontres sont, et de loin, la plus belle partie de mon voyage !

Si les newsletters s’arrêtent, la vie elle, continue.

Tu t’en doutes, il est difficile de tirer un trait sur une aventure qui a pris 5 années de ma vie. Si le Projet52 arrive à une fin, mes envies sont encore plurielles et de nouveaux projets me trottent déjà en tête. Je ne délaisse donc ni la photographie, ni le voyage car il n’est pas encore question que je me fixe. Quoique… je m’apprête à boucler la boucle « Projet52 » au Canada précisément dans la forêt de Canopée Lit dont je t’ai déjà tellement parlé. 
Quant à l’aspect photographique du Projet52, il ne serait pas complet sans un ultime recueil d’images. Si j’ai évolué en tant que personne, j’édite-là un ouvrage plus mur techniquement et artistiquement qu’Amériques. J’y partage avec toi les lieux que j’ai parcourus à travers l’hémisphère Sud par-delà « Les 3 Océans » qui sera prochainement disponible chez lulu.com

L’heure du départ approche ; une fois encore je recommence tout :  mon sac, mes papiers, mes au-revoir. 

C’est donc ici que je te laisse. Aux pieds de mes Pyrénées natales et à l’aube d’un nouveau chapitre dans ma vie. J’ai aimé partager avec toi ses 60 mois. Merci de ta fidélité, de ton temps et ta bienveillance. Continue à me donner des nouvelles si le coeur t’en dit, et surtout passe du temps à faire les choses qui te rendent heureux ! Ris souvent, crie, chante… et n’oublie pas de manger des brocolis. 

Merci pour tout.

Pour la dernière fois, Adichatz.

Voir le journal complet : margauxvallet.wixsite.com

247.147 kilomètres parcourus depuis le 30 octobre 2014

83.465 Kilomètres parcourus depuis janvier 2018

60.354 en avion
3.151 en bus
2.023 en train
17.685en voiture
252 en bateau

1 Comment

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  1. Avatar

    EVELYNE HOULES

    28 octobre 2019 at 18 h 15 min

    Vous écrivez à merveille. Lecture touchante.

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