INTERVIEW 🎙️France Travail a présenté son enquête annuelle sur les besoins en main d’œuvre 2026 dans les locaux de la société Etienne Lacroix Artifices à Mazères. Avec 5 770 prévisions de recrutement, le département affiche une dynamique atypique dans la région. Un signal encourageant, qui n’efface pas des difficultés bien réelles sur certains secteurs clés.
C’est dans les locaux de l’entreprise pyrotechnique Etienne Lacroix Artifices que France Travail Ariège a choisi de tenir sa conférence de presse annuelle, mardi 21 avril à Mazères. Un cadre industriel qui n’est pas anodin : l’industrie est justement au cœur des enjeux révélés par l’enquête sur les besoins en main d’œuvre (BMO) pour 2026.
L’enquête BMO
Chaque année, France Travail interroge les employeurs sur leurs intentions de recrutement pour les douze mois à venir. L’édition 2026 a été menée entre octobre et décembre 2025 sur l’ensemble du territoire national. En Ariège, 4 670 établissements ont été sollicités ; 1 440 ont répondu, soit un taux de retour de 31 %. Le champ de l’enquête couvre aussi bien les entreprises relevant de l’assurance chômage que le secteur agricole, les établissements sans salarié ayant récemment recruté, et les collectivités et établissements publics.
L’enquête BMO ne collecte pas des promesses d’embauche, mais des « intentions » : elle photographie les anticipations des établissements, qu’il s’agisse de créations de postes ou de remplacements. Elle décrit ces besoins selon trois axes : le métier (217 familles professionnelles recensées), le secteur d’activité (24 secteurs NAF) et le bassin d’emploi (44 bassins en Occitanie). Elle s’intéresse également à la saisonnalité des recrutements, à la nature des difficultés anticipées et aux solutions envisagées par les employeurs.
Au niveau régional, l’Occitanie accuse une baisse de 8 % de ses projets de recrutement, ce qui rend la progression ariégeoise encore plus remarquable. Le département se distingue clairement sur la carte régionale : quand presque tous ses voisins reculent, l’Ariège avance. À titre de comparaison, la Haute-Garonne enregistre -9,2 %, l’Hérault -11,2 % et le Gard -13,7 %.
L’enquête en chiffres
- 5 770 recrutements prévus (+1,3 % sur un an, vs -8 % en Occitanie)
- 22 % des établissements envisagent de recruter
- 54 % des recrutements sont permanents (non saisonniers)
- 46 % des projets concernent des établissements de moins de 10 salariés
- 40 % des recrutements jugés difficiles par les employeurs (-13,5 pts sur un an)
- Top métiers recherchés (hors saisonniers) : aides-soignants (160), professionnels de l’action sociale (130), agents d’entretien (120), aides à domicile (120), infirmiers et sages-femmes (110)
5 770 recrutements prévus : l’Ariège fait mieux que ses voisins
Le chiffre est net : les employeurs ariégeois anticipent 5 770 recrutements pour l’année à venir, soit une hausse de près de 2 points par rapport à l’an dernier. Une progression jugée « atypique au niveau régional » par Michel Caujolle, directeur de France Travail Ariège, qui y voit la preuve du dynamisme du tissu économique local.
C’est la démonstration du dynamisme du marché ariégeois, donc c’est plutôt engageant.
Michel Caujolle, directeur de France Travail Ariège
L’industrie tire la locomotive, avec une progression spectaculaire de 59 % des intentions de recrutement par rapport à l’année précédente. Le secteur des services aux particuliers suit également le mouvement, avec +47 % de projets supplémentaires. Pour autant, cette bonne santé a son revers : ce même secteur industriel concentre aussi 59 % de difficultés de recrutement sur ses prévisions, et les services aux particuliers restent à 51 % de difficulté.
Des tensions en recul, mais des secteurs encore sous pression
Bonne nouvelle tout de même : les difficultés de recrutement sont en recul significatif, avec une baisse de 13,5 points par rapport à 2025, ramenées à 40 % des projets (contre 41 % en Occitanie). Un allègement bienvenu, même si Michel Caujolle tempère l’optimisme. Parmi les causes invoquées par les employeurs : le profil inadapté des candidats (84 %), leur nombre insuffisant (82 %) et, dans une moindre mesure, les conditions de travail (39 %).
Les métiers les plus en tension demeurent les conducteurs de véhicules légers (100 % de difficulté), les aides-soignants (96 %), les maçons qualifiés (94 %), les infirmiers et sages-femmes (93 %), ou encore les techniciens en mécanique et travail des métaux (89 %). Sur le territoire, c’est le bassin de Lavelanet qui enregistre le taux de difficulté le plus élevé, à 57 %.
Pour répondre à ces besoins, France Travail entend mobiliser tous les leviers : méthode de recrutement par simulation (MRS), immersions en entreprise, investissement accru dans la formation. Et surtout, une approche plus inclusive. « Parfois on oublie que la majorité des métiers peuvent être tenus à la fois par des femmes et par des hommes », souligne le directeur, plaidant pour la féminisation de certaines filières. Il évoque aussi le potentiel insuffisamment exploité des bénéficiaires du RSA, des personnes en situation de handicap accompagnées par Cap Emploi, des jeunes suivis par la Mission Locale, et des primo-arrivants.
Une convention signée entre opérateurs de l’emploi et la CCI
La conférence a également été l’occasion de signer une convention de partenariat entre France Travail, Cap Emploi, la Mission Locale et la Chambre de Commerce et d’Industrie de l’Ariège. L’objectif : offrir aux entreprises adhérentes de la CCI un accès simplifié à l’ensemble des dispositifs des trois opérateurs pour résoudre leurs difficultés de recrutement. Un partenariat annuel, reconductible, qui s’inscrit dans une collaboration déjà bien rodée.
L’idée c’est de recruter autrement. On a plein de solutions à proposer qui nécessitent l’engagement de tous.
Michel Caujolle, directeur de France Travail Ariège
www.observatoire-emploi-occitanie.fr
Etienne Lacroix Artifices : 55 recrutements prévus en 2026
Entreprise familiale installée à Mazères et spécialisée dans la pyrotechnie, Etienne Lacroix Artifices illustre à elle seule les paradoxes du marché du travail ariégeois. Géraldine Claudel, responsable RH du site, dresse un bilan des recrutements 2025 : 62 personnes embauchées (38 en CDI, 24 en CDD), auxquelles s’ajoutent les alternants. Pour 2026, l’entreprise table sur environ 55 embauches, réparties entre une trentaine de CDI et une vingtaine de CDD.
La société recrute sur un spectre de métiers particulièrement large : opérateurs de fabrication, techniciens et ingénieurs en mécanique, électronique, chimie, génie des procédés, mais aussi des profils en méthodes, conception, management de production, et sécurité-environnement. Au total, 8 postes d’ingénieurs et 8 postes de techniciens sont annoncés pour les prochains mois, sans compter une dizaine d’opérateurs supplémentaires d’ici la fin de l’année.
On essaie de miser sur notre cœur de métier, qui est assez original, un peu de niche, et sur la qualité de vie pour attirer les candidats.
Géraldine Claudel, responsable RH, Etienne Lacroix Artifices
Les techniciens, la nouvelle pénurie qui monte
Si l’entreprise parvient à recruter ses opérateurs et à attirer des ingénieurs grâce à la singularité de son activité, la situation se tend sur un profil précis : les techniciens. Une tendance que Géraldine Claudel observe avec préoccupation, et qui va bien au-delà de l’entreprise.
Nos jeunes n’ont plus envie d’être techniciens. Il y a une revalorisation de ces métiers qui est vraiment à envisager, ainsi que de la formation.
Géraldine Claudel, responsable RH, Etienne Lacroix Artifices
Un constat qui dépasse le seul secteur de la maintenance, où la pénurie est connue de longue date : la responsable RH note que le phénomène touche désormais les métiers de méthodes, de conception ou de sécurité-environnement. En cause, une orientation scolaire qui pousse de plus en plus les jeunes vers les diplômes d’ingénieur au détriment des BTS et DUT. Pour Etienne Lacroix Artifices, la concurrence avec le bassin toulousain pour attirer ces profils reste un défi permanent.
L’enquête BMO 2026 dessine ainsi un département ariégeois en mouvement, tiré par son industrie, mais invité à inventer de nouvelles façons de recruter et de former pour ne pas laisser ses opportunités sans preneurs.




