INTERVIEW 🎙️Le festival culturel du Mas-d’Azil, « Histoire(s) de se rencontrer ! », revient du 19 au 26 avril 2026 avec un programme ambitieux autour des violences faites aux femmes, du colonialisme et de la mémoire des résistantes. Maylis Bouffartigue, à l’origine de cet événement nous en parle face caméra.
Un festival ancré dans la pensée complexe
Depuis six ans, « Histoire(s) de se rencontrer ! » s’est imposé comme un rendez-vous singulier en Ariège. Imaginé et porté par Maylis Bouffartigue, cet événement culturel annuel accueilli dans la salle multimédia et la salle des fêtes de la mairie du Mas-d’Azil, explore les mécanismes à l’origine des crimes contre l’humanité, des génocides et de la déshumanisation. Cette édition fait un focus inédit sur « domination et féminisme ».
Placé sous le parrainage intellectuel d’Edgar Morin et la marraine de cette édition, la philosophe Marie-José Mondzin, spécialiste de l’analyse des images, le festival s’inscrit dans la tradition de la « pensée complexe » : tisser des liens entre les luttes, les pays et les époque pour mieux comprendre le présent. « Le patriarcat est réellement un système de domination, et il est temps de développer notre empathie », résume Maylis Bouffartigue.
Dimanche 19 avril : hommage aux résistantes d’hier et d’aujourd’hui
La journée inaugurale s’ouvre sur un spectacle consacré aux femmes résistantes pendant la traite négrière, présenté par la dramaturge congolaise Sylvie Dyclo Pomos — en visioconférence si les démarches de visa n’aboutissaient pas à temps. L’après-midi, l’historienne Maëlle Maugendre retracera le destin des réfugiées espagnoles en France entre 1939 et 1942, ces femmes ayant lutté contre Franco avant d’être invisibilisées par l’Histoire officielle à leur arrivée en France.
En fin d’après-midi, Sandrine Mansour abordera les luttes des femmes palestiniennes, avant que la soirée ne se conclue par la projection du documentaire de Fatima Sissani, « Résistantes, tes cheveux démêlés cachent une guerre de sept ans », sur les femmes européennes ayant rejoint le FLN pendant la guerre d’Algérie. Un repas partagé à 10 euros est proposé à la pause de midi.
Jeudi 23 au dimanche 26 avril : un programme dense et engagé
À partir du jeudi 23 avril, le festival reprend avec un spectacle jeune public de la compagnie ariégeoise « Ô Possum » (Pailhès), « Pas de Peau », adapté du conte Peau d’Âne pour aborder l’inceste et la domination dès 8 ans. La chercheuse et activiste sénégalaise Ndèye Fatou Kane interviendra ensuite sur l’afroféminisme, à travers la redécouverte d’Awa Thiam, autrice de « La parole aux négresses » (1978, réédité en 2024). En soirée, le célèbre Louis-Georges Tin s’exprimera sur les liens entre homophobie et racisme.
Le vendredi et le samedi réservent un cycle autour de la grande historienne Christelle Taraud, avec pas moins de trois conférences : sur les procès liés à la pornographie (Jacquie et Michel, French Bukake), sur son dernier ouvrage consacré aux sorcières en Norvège (« Les filles au diable »), et sur « Féminicides : une histoire mondiale », un ouvrage de mille pages coordonné avec plus d’une centaine de contributeurs. La juriste internationale Céline Bardet, spécialiste des viols comme armes de guerre, présentera également son livre, suivie de la projection du documentaire « Viols de guerre, 70 ans d’histoire d’une arme taboue », en partenariat avec l’ESTIV, scène nationale de Foix.
La journée du dimanche 26 avril élargira la réflexion avec un spectacle inspiré d’Ödön Von Horváth sur la jeunesse sous les fascismes européens, avant que Marie-José Mondzin ne clôture l’édition avec son dernier essai — une réflexion philosophique sur l’intelligence artificielle et le capitalisme numérique, intitulé « Peine Kapital ».
Un événement ouvert à toutes et tous
Maylis Bouffartigue tient à souligner l’esprit d’accessibilité du festival : « Je ne suis pas une intellectuelle, je n’ai pas fait d’études, et nous sommes nombreuses et nombreux à avoir des expériences et des analyses valables. » Les échanges avec les intervenants sont encouragés lors des pauses, et le programme, volontairement dense, invite à prendre le temps — à rebours d’une société qui privilégie la vitesse et l’efficacité.
La mairie du Mas-d’Azil soutient l’événement en mettant ses espaces à disposition. Toutes les séances et conférences se tiennent dans la salle multimédia ou la salle des fêtes de la commune.
Programme complet et horaires : rencontretheatraleducarlabayle
PRATIQUE
📅 Dimanche 19 avril, puis du jeudi 23 au dimanche 26 avril 2025
📍 Salle multimédia et salle des fêtes de la mairie du Mas-d’Azil (Ariège)
🍽️ Repas partagé les 19 – 23 et 25 avril : 10 € (menu + boisson + dessert)
En partenariat avec l’ESTIVE– Scène nationale de Foix





