INTERVIEW 🎙️ À quelques mois des élections sénatoriales de septembre 2026, Jean-Jacques Michau, sénateur de l’Ariège depuis six ans, nous a accordé une interview. Bilan de mandat, candidature à sa réélection, défis du territoire montagnard : le sénateur se confie avec franchise.
Le Sénat, on le sait, reste souvent dans l’ombre de l’Assemblée nationale. Jean-Jacques Michau l’admet volontiers : ses collègues sénateurs ne sont pas élus au suffrage universel direct mais par quelque 635 grands électeurs en Ariège — maires, conseillers départementaux, régionaux et parlementaires. Une spécificité constitutionnelle qui s’explique par la vocation première de la chambre haute : défendre les communes et les collectivités territoriales. « Toutes les lois passent par l’Assemblée nationale et par le Sénat, et il faut qu’il y ait un accord des deux chambres », rappelle-t-il, balayant l’idée d’une institution secondaire.
« La commune, c’est la cellule de base. Quand il y a quelque chose qui ne va pas chez des habitants, on ne va pas voir le président de la communauté de communes, on va voir le maire. »
Ancien instituteur et maire de Moulin-Neuf pendant trois mandats, Jean-Jacques Michau revendique une approche de terrain. « Je suis un sénateur au champ. Je fais le tour de tous les territoires, de toutes les communes. Je suis allé au moins une fois dans chacune d’elles », affirme-t-il. Cette fidélité au terrain forge le cœur de son engagement : la protection des budgets communaux. En 2026, lors du vote du budget de l’État, il a bataillé pour éviter une baisse des dotations aux communes. « Ça a été un de mes combats pour que les budgets des communes soient sacralisés », insiste-t-il, regrettant au passage la suppression de la taxe d’habitation, qu’il juge avoir affaibli les ressources locales.
Santé, école, hydroélectricité : un bilan en demi-teinte assumé
Sur le front des services publics, le sénateur se félicite de quelques avancées concrètes. L’ouverture d’un hôpital à Lavelanet pour le Pays d’Olmes, rare exemple de création en milieu rural, figure parmi ses fiertés. À partir de novembre, des « médecins juniors » — étudiants en dernière année de formation — devraient renforcer l’offre médicale dans le département, en réponse à une loi qu’il a défendue. « Je suis aussi un ancien instituteur, et donc les questions d’école dans nos villages, dans nos vallées, il faut que l’on fasse en sorte que tous ces services fonctionnent », ajoute-t-il, évoquant les enjeux de démographie scolaire.
Sur le dossier de l’hydroélectricité, qu’il qualifie de « contentieux vieux de dix ans » avec l’Europe, il annonce une issue favorable : en tant que rapporteur de la loi sur la gestion des grands barrages, il a contribué à préserver la maîtrise publique de ces ouvrages face à la concurrence imposée par Bruxelles. « L’eau, ça sert à l’eau potable, à l’irrigation, à moult usages », plaide-t-il.
« Quand on est parlementaire, il y a deux qualités essentielles : la patience et la constance. »
Candidature : « Je m‘en remets directement aux grands électeurs »
Cette année, la course est plus serrée qu’en 2020 avec bon nombres de candidats y compris issus de sa propre famille politique qui lui disputent le terrain. Jean-Jacques Michau ne cache pas son amertume : « Je regrette que dans ma famille politique, on ait souhaité me pousser dehors. » Refusant de participer à des primaires internes, il a choisi de s’adresser directement aux grands électeurs. Son argument principal reste l’expérience : au Sénat, explique-t-il, les responsabilités s’acquièrent avec le temps. Il préside désormais un groupe de travail sur l’économie sociale et solidaire — associations, médico-social, coopératives — et entend capitaliser sur ce positionnement pour un second mandat.
Montagne, prédation, tourisme : l’Ariège de demain
Interrogé sur les spécificités du territoire montagnard, Jean-Jacques Michau se fait plus lyrique. Il défend avec vigueur les éleveurs face à la prédation des grands carnivores sur les estives : « Il faut prioriser les éleveurs et l’élevage en montagne plutôt que les grands prédateurs. Si les bêtes ne montent plus, la montagne s’embroussaillera — et même sur le strict critère de la biodiversité, ce sera moins bon. »
Sur l’avenir touristique, il se montre lucide face au réchauffement climatique mais refuse le catastrophisme. « De la neige, il y en aura encore pendant quelques dizaines d’années, il faut utiliser ce que l’on a aujourd’hui. » Et d’anticiper un atout inattendu : « Quand il fait 35 degrés, je pense que les gens des villes voudront venir prendre le frais. »
« Je suis contre le fait que le monde rural soit uniquement un lieu de centre de loisirs ou uniquement un lieu de biodiversité qu’il faudrait laisser s’ensauvager. Je suis pour une ruralité où vivent en bonne harmonie les hommes et la nature. »
Deux jours par semaine à Paris, le reste du temps en Ariège : Jean-Jacques Michau résume ainsi l’équation de sa vie de sénateur. « Pour être deux jours par semaine à Paris et le reste en Ariège, en Ariège, franchement, il n’y a pas photo », conclut-il avec le sourire.





