Avec Mésaventures d’un Sarde en Cerdagne, Vincent Meyrignac signe son premier polar après quatre romans d’aventure et d’anticipation. Publié en avril 2026 aux Presses Littéraires dans la collection « Crimes et châtiments », ce roman de 302 pages s’ancre profondément dans les hauts cantons du territoire catalan, entre Sardaigne, Cerdagne et Andorre, là où les frontières poreuses font le lit de toutes les ambiguïtés.

L’histoire démarre comme un film noir classique. Paolo Pisanu, inspecteur sarde corrompu contraint à l’exil pour échapper à une vendetta, mène une vie tranquille en Cerdagne avec sa famille. Mais lorsque sa femme Adriana, enceinte, subit une mystérieuse opération à l’hôpital transfrontalier de Puigcerda, Paolo croit être rattrapé par son passé et se lance dans une enquête désespérée, usant de méthodes tout sauf orthodoxes. Il finira captif de trafiquants de drogue installés en Andorre — sans savoir qu’Adriana est elle-même au cœur d’une mission d’infiltration visant un réseau de trafic d’organes.
Ce qui distingue ce roman d’un polar ordinaire, c’est sa structure narrative inspirée du Pinocchio de Carlo Collodi. L’auteur, grand amateur du conte italien, habille ses personnages des figures emblématiques de l’œuvre originale : Paolo incarne un Pinocchio ballotté et manipulé, tandis que surgissent une Fée Bleue peu empathique, un Chat et un Renard d’une cruauté assumée, et Mangefeu, maître du spectacle au pays des jouets. Le récit se conclut, comme il se doit, dans le ventre de la baleine — mais il n’a décidément rien d’un conte pour enfants.
L’idée du roman est née, confie l’auteur, à la lecture d’un article de presse sur les trafics d’embryons en Europe. Une actualité sombre que Meyrignac transforme en fiction tendue, traversée par les réseaux mafieux, les jeux politiques et les ambiguïtés morales de personnages que l’on ne peut ni tout à fait condamner, ni tout à fait absoudre. Son propos s’adresse à ceux qui refusent les histoires manichéennes et cherchent à s’échapper des ficelles trop lisses du genre.
Perpignanais de cœur, Vincent Meyrignac connaît intimement les décors qu’il décrit — cette région frontalière où se mêlent cultures méditerranéennes et montagnardes, et où le meilleur côtoie le pire. Un terreau idéal pour un roman aussi sombre, dit-il lui-même, que le granit catalan.





